Cet homme tient décidément ses promesses. Après avoir dit qu’il « s’engagerait, dès le premier jour, dans le processus de paix proche-oriental », Barack Obama l’a fait, hier, dès le premier jour de sa présidence. Après avoir dénoncé la « fausse opposition » entre les impératifs de sécurité et le respect de l’état de droit, il a interdit l’usage de la torture, ordonné la fermeture des prisons secrètes de la CIA, prescrit le respect des Conventions de Genève sur les prisonniers de guerre – dit, en creux, tout ce qui se faisait jusqu’à lui et annoncé, en conséquence, la fermeture de Guantanamo sous un an au plus tard. C’était dit, c’est fait, mais le nouveau président américain a aussi trouvé le temps de faire lire, hier, à l’Otan une lettre dans laquelle il presse l’organisation militaire de l’Alliance atlantique d’« aider le peuple afghan à bâtir un avenir meilleur ». Là encore, Barack Obama est fidèle à sa campagne puisqu’il avait toujours dit qu’il souhaitait que l’Otan, Etats-Unis en tête mais Europe aussi, augmente ses effectifs en Afghanistan afin d’empêcher une victoire des taliban et de leurs alliés d’al Qaëda. C’était dit, il s’y met, qualifiant la situation de « très périlleuse » mais tout laisse penser qu’il ne compte pas que sur la force pour éviter une défaite qui redonnerait un sanctuaire au terrorisme et renforcerait, surtout, les islamistes dans le Pakistan limitrophe, puissance nucléaire de 150 millions d’habitants. Barack Obama ne l’a pas personnellement dit mais, s’il veut accroître la présence de l’Otan en Afghanistan c’est pour qu’un redressement du rapport de force militaire, devenu très favorable aux taliban, permette un compromis politique, négocié dans un cadre régional. Au cours de ses auditions devant le Sénat, la nouvelle secrétaire d’Etat, Hillary Clinton, s’est ainsi abstenue de mentionner une victoire militaire parmi les objectifs de la nouvelle équipe. Elle a préféré parler d’une « stratégie globale capable de réduire les menaces contre notre sécurité » et s’est appuyée sur le général Petraeus, le commandant des forces américaines en Irak et en Afghanistan, qui avait récemment estimé que la solution de ce conflit requérait « une stratégie régionale comprenant le Pakistan, l’Inde, les pays d’Asie centrale, même la Chine et la Russie, et aussi, peut-être, à un moment donné, l’Iran ». L’idée qui monte à Washington est qu’il faut rompre avec les rêves d’exportation de la démocratie en Afghanistan, traiter avec ses forces politiques telles qu’elles sont, fonder un compromis sur la seule mise à l’écart des djihadistes et garantir cette stabilisation avec l’appui des pays voisins, y compris l’Iran chiite qui tient, à jute titre, les islamistes sunnites d’al Qaëda et du mouvement taliban pour d’irréductibles ennemis. Contre les taliban, l’Iran est tout disposé à prêter la main aux Etats-Unis en Afghanistan mais, pour que cela se fasse, il faudra trouver un compromis avec Téhéran qui passe, lui-même, par une relance des pourparlers de paix israélo-palestiniens. Tout se tient dans les crises du grand Proche-Orient et c’est pour cela que Barack Obama ne perd pas de temps.

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