C’était sans doute, sur le fond, le point le plus important de ce discours. En déclarant, hier, au Bourget, à l’ouverture de sa campagne, qu’élu président de la République, son « premier déplacement » serait pour aller à Berlin s’entretenir avec Mme Merkel, François Hollande a fait comprendre qu’il n’y avait, à ses yeux, rien de sérieux, durable et profond qui puisse se faire sans le reste de l’Europe et, donc et d’abord, sans l’Allemagne.

A l’heure où tant d’électeurs, à gauche comme à droite, tendent à penser qu’il faudrait, au contraire, pour retrouver une solidité économique, s’affranchir de cette Union que 67% des Croates ont pourtant plébiscité hier, il y avait, là, du courage politique. François Hollande a dit la vérité, la sienne en tout cas. Il ne l’a pas plus cachée que lorsqu’il a insisté sur la priorité qu’est aujourd’hui le rétablissement des comptes publics sans lequel la France, comme les autres pays de l’Union, ne pourrait que continuer à s’endetter sans fin mais, grande question, le président Hollande aurait-il les moyens de faire accepter à la chancelière allemande ce qu’il souhaite lui proposer ?

Il souhaite, a-t-il dit, renégocier l’accord auquel les Européens sont parvenus en décembre afin d’y ajouter la nécessité d’une relance de la croissance et, deuxièmement, définir une « nouvelle relation » avec l’Allemagne, passant par la signature d’un nouveau traité de l’Elysée, celui par lequel le général de Gaulle et le chancelier Adenauer avait scellé la réconciliation et l’alliance entre nos deux pays.

L’ambition est grande, très grande, mais elle n’est pas forcément irréaliste. Durant toute cette crise, l’Allemagne a refusé de même parler d’investissements et de croissance car elle voulait qu’il soit clair qu’elle ne s’engageait dans la voie de la solidarité financière qu’à la condition que toute l’Union revienne à l’équilibre et s’engage à y rester en acceptant une modification des traités. C’était si fondamental pour elle, qu’elle n’a rien cédé, pas la moindre concession, avant d’être parvenue à ses fins mais, maintenant que c’est fait, le ton n’est plus le même à Berlin.

Mme Merkel – on l’avait relevé ici – ne répugne plus à parler de la nécessité de relancer la croissance en Europe. Elle le fait prudemment mais de moins en moins rarement car elle ne peut pas ignorer que la rigueur seule accroît les déséquilibres au lieu de les résorber et que l’Allemagne s’appauvrirait de l’appauvrissement de ses partenaires qui sont aussi des clients dont elle dépend.

Du moment que François Hollande, et c’est ce qu’il martèle, n’envisage pas de remettre en question le volet rigueur de l’accord de décembre, une convergence sur des outils de croissance commune n’a rien d’inenvisageable et un nouveau traité de l’Elysée le serait encore moins. Bien qu’il ne l’ait pas dit, le candidat de la gauche vise clairement à suffisamment resserrer les liens entre la France et l’Allemagne pour qu’elles constituent, au cœur de l’Union, un premier cercle homogène ayant vocation à s’ouvrir à d’autres et à constituer l’avant-garde dont l’Europe a besoin. Le diable est, bien sûr, dans les détails mais ce n’est pas une idée, et bien au contraire, qui répugne à l’Allemagne.

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