En Israël, il n’y a pas une mais deux élections et ce sera plus vrai que jamais cette fois-ci. Il y a, d’abord, le vote des électeurs qui a marqué, hier, une spectaculaire percée de la gauche et du centre, l’émergence d’une nouvelle extrême droite prônant ouvertement l’annexion de la majeure partie de la Cisjordanie et une déconfiture du Likoud, le grand parti de droite conduit par le Premier ministre sortant Benjamin Netanyahou, qui reste la première formation du pays mais perd une dizaine de sièges.

Ce vote est la photographie de l’état de l’opinion mais, comme on vote en Israël à la proportionnelle intégrale et qu’il n’y a en conséquence pas de parti majoritaire pouvant gouverner seul, ce pays aborde maintenant sa seconde élection, le conclave des élus, visant à la difficile formation d’une coalition.

Première question, donc : qu’ont dit, hier, les électeurs ?

Ils ont avant tout exprimé le profond malaise social qu’avaient déjà fait voir les immenses manifestations de 2011 contre le renchérissement du coût de la vie et l’appauvrissement des classes moyennes. La droite et la gauche, les jeunes et les vieux, les partisans d’un Etat palestinien et ceux qui en refusent la création, tout le pays ou presque s’était retrouvé dans ces cortèges car, en Israël comme dans tous les pays occidentaux, la libéralisation de l’économie a enrichi les plus riches et précarisé ou déclassé ceux qui le sont moins.

C’est cette réalité qui explique que les deuxième et troisième formations israéliennes soient désormais un nouveau parti centriste, créé de toutes pièces par un jeune premier de la télévision, Yaïr Lapid, qui avait axé toute sa campagne sur la défense des classes moyennes urbaines et le vieux parti travailliste qu’une journaliste, une autre, Shelly Yachimovich, a littéralement fait renaître de ses cendres en en refaisant le parti de ceux d’en bas.

Deuxième constat, les questions sécurité ont peu compté à côté de cela parce que les Israéliens ne savent plus là à quel saint se vouer et ne voient plus avec qui construire une paix durable alors que le monde arabe est en ébullition et que les islamistes du Hamas tendent à l’emporter, chez les Palestiniens, sur les modérés du Fatah. La gauche et le centre, favorables à un compromis de paix, devraient avoir le même nombre de sièges que les droites qui y sont hostiles. Les formations du compromis sont à égalité avec celles de l’intransigeance. Il n’est pas vrai qu’Israël ait basculé dans l’extrémisme mais cette campagne a confirmé que ce n’est plus la question palestinienne qui détermine le vote des Israéliens car elle leur parait aujourd’hui insoluble.

La coalition maintenant. Là, la question de la paix sera, en revanche déterminante car c’est elle qui fait le clivage entre les partis. Benjamin Netanyahou fera tout son possible pour gouverner avec les droites et le nouveau parti centriste qui ne refuse pas la main qu’il lui a aussitôt tendue. A l’heure qu’il est, c’est le scénario le plus probable mais ce parti demandera des ministères clés, Défense ou Affaires étrangères, qu’il serait difficile de lui confier sans que les droites ne s’insurgent. Israël ne sait pas quoi faire avec les Palestiniens et c’est pour cela qu’il est toujours plus ingouvernable.

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