La difficile ambition syrienne de Vladimir Poutine

Elles ne se passent pas à Moscou mais c’est Vladimir Poutine qui les organise. Ces discussions sur la Syrie qui s’ouvrent aujourd’hui à Astana, la capitale du Kazakhstan, immense pays d’Asie centrale allié de la Russie, le président russe en avait fait annoncer la tenue fin décembre, dans la foulée de la reddition d’Alep.

Son objectif est de consolider le cessez-le-feu qui avait alors été instauré, de tracer les grandes lignes d’un compromis entre le régime de Damas et l’insurrection, de faire ensuite avaliser cet accord politique par une conférence internationale qui devrait se réunir le 8 février à Genève et de devenir ainsi, tout à la fois, l’artisan du retour de son pays au Proche-Orient et le faiseur de paix qui aurait réussi là où les Etats-Unis et l’Europe avaient échoué.

C’est une vaste ambition, dans laquelle Vladimir Poutine a des atouts certains et deux grandes faiblesses.

Sa force est d’avoir sauvé le régime Assad de l’effondrement lorsqu’il est intervenu dans ce conflit en Septembre 2015 et d’avoir infligé une très sévère défaite à l’insurrection grâce aux bombardements d’Alep. Vladimir Poutine est aujourd’hui en position de demander des concessions au président syrien et d’en obtenir d’une insurrection, non pas anéantie mais extrêmement affaiblie.

Il est autrement dit mieux placé que quiconque pour imposer un compromis à ces deux parties, mais outre que l’insurrection est divisée et que les Kurdes et Daesh, deux forces d’importance sur le terrain, ne sont pas représentés à Astana, Vladimir Poutine doit aussi compter avec ses alliés turc et iranien.

C’est là que les choses se compliquent pour lui.

Avec l’Iran et la Turquie, le président russe est à la peine car ces pays n’ont pas les mêmes objectifs que lui. Les Iraniens ne veulent pas de vrais compromis avec l’insurrection puisqu’ils veulent ancrer la Syrie dans leur sphère d’influence régionale et restaurer pour cela les pleins pouvoirs de Bachar al-Assad qui est issu d’une branche du chiisme alors que l’insurrection et plus de 60% de la population sont sunnites.

L’Iran chiite veut une complète défaite des insurgés et des pays sunnites qui les soutiennent. Les Iraniens veulent une totale reconquête de la Syrie par Bachar al-Assad qui peut ainsi s’appuyer sur eux pour résister aux pressions des Russes qui ne veulent pas, eux, risquer de s’embourber dans ce conflit.

Quant aux Turcs, des sunnites, ils ne se sont alliés aux Russes et n’ont renoncé à un départ immédiat de Bachar al-Assad que pour pouvoir aller s’attaquer aux Kurdes syriens et les empêcher de proclamer leur indépendance de peur qu’elle ne donne des idées à leurs propres Kurdes.

Les courants de l’insurrection représentés à Astana sont ceux que la Turquie soutient. Elle les a en fait contraints à venir mais ne pourra les obliger à un compromis que s’il y a de vraies concessions de Damas, ce dont il n’est pas plus question pour les Iraniens que pour Bachar al-Assad.

Dans cette partie, Vladimir Poutine ne peut l’emporter qu’avec le soutien, nullement exclu, de Donald Trump.

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