Où l'on voit que Recep Erdogan a totalement isolé son pays qui n' a plus ni alliés ni horizon

Il y a maintenant deux jours que la Turquie a pénétré en Syrie. Elle l’a fait  après avoir averti la terre entière de ses intentions. Elle l’a fait parce que les Américains ont décidé de créer dans le nord de la Syrie, le long de la frontière turque, une force permanente essentiellement composée de combattants kurdes qui pourraient en profiter pour affirmer l’existence d’un Kurdistan syrien autonome dont l’émergence pourrait bien réveiller, de l’autre côté de la frontière, l’irrédentisme des Kurdes de Turquie. 

        Cette intervention militaire relève autrement dit de la raison d’Etat. Rien n’est plus facile à comprendre que cette peur des Turcs de voir leurs Kurdes suivre l’exemple de leurs cousins d’Irak et de Syrie et réduire ainsi la Turquie à un mouchoir de poche. On peut considérer que les Turcs n’avaient pas le choix mais le fait est, en même temps, que cette intervention ne les mène rigoureusement à rien. 

        Peut-être prendront-ils le contrôle d’une bande de terre sur trente kilomètres de profondeur. C’est leur intention mais, outre que ce n’est ni certain ni tenable, cela ne fera pas changer d’avis les Américains. Le Pentagone et le département d’Etat, les ministères de la Défense et des Affaires étrangères qui tendent toujours plus à définir la politique des Etats-Unis pendant que Donald Trump s’occupe à tweeter, ont résolu de s’appuyer sur les Kurdes pour empêcher Bachar al-Assad de reconquérir toute la Syrie. 

Ils veulent éviter, de cette manière, que les Russes ne reprennent pied au Proche-Orient sur une complète victoire militaire et que les Iraniens, surtout, ne parachèvent leur percée dans la région au détriment des pays sunnites et d’Israël. Pour les Etats-Unis, il s’agit, autrement dit, d’un objectif essentiel sur lequel ils reculeront d’autant moins que la Turquie leur a fait une bien mauvaise manière en se rapprochant des Russes et de l’Iran alors qu’elle est membre de l’Otan depuis le tout début des années 50. 

De plus en plus essoufflé sur sa scène intérieure, Recep Erdogan, le président turc devenu dictateur, s’offre une parade militaire en Syrie mais la vérité est qu’il va d’échec en échec. 

Il n’a pas su convaincre la France et l’Allemagne de le laisser rejoindre l’Union européenne. Les révolutions arabes ont ensuite fait échouer son ambition de reconstituer l’Empire ottoman par la projection des entreprises turques dans tout le Proche-Orient. Il a fait front avec Moscou et Téhéran pour éviter la constitution d’un Kurdistan syrien et voilà maintenant que ce Kurdistan, ce sont les Américains qui en favorisent l’émergence. Quoi que fasse Recep Erdogan, il perd et ce faisant, il abaisse son pays qui n’a plus ni alliés sûrs ni horizon clair. 

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