La crise des gilets jaunes et le contexte tendu en Europe poussent le Président à abandonner le discours « progressistes contre nationalistes » qu’il martèle depuis des mois, au profit de thèmes plus rassembleurs.

Le Premier ministre hongrois Viktor Orban et le Président français Emmanuel Macron affichent un sourire très diplomatique en arrivant à un sommet européen à Salzburg, le 20 septembre 2018.
Le Premier ministre hongrois Viktor Orban et le Président français Emmanuel Macron affichent un sourire très diplomatique en arrivant à un sommet européen à Salzburg, le 20 septembre 2018. © AFP / Christof STACHE / AFP

Les Gilets jaunes ne le savent pas encore, mais ils ont contraint Emmanuel Macron à changer sa stratégie pour les élections européennes du 26 mai. Le clivage « progressistes contre nationalistes », martelé un temps par le Président, devrait être mis en sourdine pour la prochaine campagne.

Affaibli par la crise des gilets jaunes, Emmanuel Macron ne peut pas se permettre un échec aux Européennes. La déclaration de guerre aux nationalistes est un thème jugé trop diviseur, alors que la France traverse déjà une crise sociale qui a mis en relief des fractures béantes. 

Non seulement il y aurait un danger à accentuer les clivages, mais il y a aussi un risque politique dans cette vision binaire du monde, à un moment où le Président est en première ligne.

Emmanuel Macron devrait revenir à un thème plus classique, celui de ses discours de la campagne électorale de 2017, celui d’une « Europe qui protège », jugé plus rassembleur. Une évolution sensible déjà hier lors de sa rencontre avec Angela Merkel à Aix-la-Chapelle.

Ce choix est aussi le reflet de la situation tendue de l’Europe. Le clivage progressistes-nationalistes est apparu lorsque la coalition entre l’extrême droite et les populistes a remporté les élections en Italie au printemps dernier. Les premières frictions sont apparues avec la France, notamment sur la question de l’immigration.

Puis Matteo Salvini, le vice-premier ministre italien, et chef de file de la Ligue, a rencontré le premier ministre « illibéral » hongrois Viktor Orban, et les deux hommes ont choisi pour cible … Emmanuel Macron. Petit à petit, s’est installée cette rivalité entre d’un côté l’Europe franco-allemande, libérale et mondialisée, et de l’autre un axe Italie-Hongrie, anti-migrants et souverainiste.

Cette guéguerre idéologique déplaisait à certains des partenaires de la France, mais ce clivage net et facile à comprendre arrangeait, de fait, les deux parties ; et notamment Emmanuel Macron qui trouvait avantageux de recréer, pour les européennes, le duel du deuxième tour de la Présidentielle qui lui avait bien profité.

Le contexte français et européen plaide aujourd’hui pour calmer le jeu au lieu de l’exacerber.

D’autant que depuis quelques jours, les dirigeants de la coalition italienne, Matteo Salvini et Luigi Di Maio, font surenchère d’attaques contre la France, sans doute un épisode de leur propre rivalité et clairement dans une optique électorale. Le Président français a décidé de ne pas répondre personnellement pour ne pas envenimer la polémique, mais l’ambassadrice d’Italie en France a été convoquée au Quai d’Orsay.

L’épisode du traité franco-allemand signé hier à Aix-la-Chapelle, avec son cortège de fausses informations et de fantasmes, a montré que ce n’est pas sur le terrain idéologique qu’Emmanuel Macron devra convaincre l’opinion, mais bien sur celui des faits. 

Exit donc les progressistes, qui, il est vrai, ne convainquaient pas grand monde ; et retour de la pédagogie autour des vertus de cette Europe dans un monde redevenu dangereux, entre Trump et Poutine ; d’une Europe qui a la taille critique pour faire face à la Chine ou aux GAFA. Moins de panache, plus d’humilité, c’est dans l’air du temps politique.

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