Aujourd'hui Anthony, vous allez nous parler de Brigitte Bardot ????

Je sais, cette chronique s'appelle Géopolitique et le rapport avec notre BB nationale semble assez lointain.

Mais attendez un peu. Il se trouve que Brigitte Bardot s'est invitée dans un débat très actuel et très international.

Hier, elle a adressé une lettre ouverte aux autorités australiennes pour les supplier de ne pas procéder à l'abattage de deux millions de chats errants. Vous avez bien entendus : pas quelques centaines, voire même quelques milliers : deux millions ! »

Vu d'ici, c'est un chiffre hallucinant. Mais vu de l'immense Australie, deux millions, c'est à peine un dixième des 20 millionsde chats sauvages que compte le pays. Or ces chats, expliquent les autorités, représentent « de véritables tsunamis de violence et de mort ».

Pourquoi cette haine des chats ?

L'Australie se trouve dans une situation exceptionnelle. Les chats y ont été introduits au 19e siècle et, presque immédiatement, ont commencé à retourner à l'état sauvage et à se reproduire. Or ils n'ont aucun prédateur en Australie.

Ces chats, laissés à eux-mêmes, toujours selon les autorités australiennes, sont des machines à tuer la faune autochtone. On leur doit tout ou partie de la disparition de 123 espèces d'oiseaux, 157 reptiles, 58 marsupiaux, 27 rongeurs et 21 espèces de grenouilles.

On est arrivé à un point de quasi non retour où, toujours selon le ministre de l'environnement, il faut « déclarer la guerre aux chats ». C'est donc à partir de ces chiffres qu'il a mis au point un plan de bataille : supprimer deux millions de chats en cinq ans.

Mais, il y a peut-être d'autres méthodes... la stérilisation, par exemple !

C'est évidemment ce que propose Brigitte Bardot et d'ailleurs, un bon nombre d'associations de défense des animaux en Australie. On ne va pas entrer dans ce débat. Je tenais juste à souligner la situation unique de l'île-continent.

Elle a été colonisée par les Britanniques à partir du 18e et surtout du du 19e siècle. Ces derniers ont donc importé sur place leurs animaux de compagnie : chats, chiens, mais aussi lapins – il fallait bien chasser – rats et même dromadaires !

Deux siècles plus tard, la catastrophe est servie : on compte, par exemple, des centaines de millions de lapins qui ravagent la végétation et près d'un million de dromadaires errants : 20 à 40 000 sont d'ailleurs abattus au fusil tous les ans.

C'est donc ce qui attend les chats errants ?

La bataille n'est pas terminée, Brigitte Bardot n'a pas dit son dernier mot. Et surtout, en Australie, on commence à se poser la question suivante : pourquoi tout à coup les chats et pourquoi tant de haine : on parle là-bas de guerre, de tueurs-nés, d'envahisseurs ?

Or un sociologue de l'université de Tasmanie, Adrian Franklin, a trouvé la raison de cette obsession. Les chats, explique-t-il, sont venus de loin, en bateau, se sont introduits clandestinement, ont proliféré et sont en train de submerger les espèces locales.

En fait, le langage utilisé contre les chats est le même que celui utilisé contre les immigrés clandestins qui, eux-aussi, tentent de rallier en bateau les côtes australiennes. La peur, donc la haine, des chats errants rejoint le discours contre les migrants.

Les Australiens se sont toujours perçus comme une espèce à protéger. Après tout, pensent-ils, ils sont une trentaine de millions de blancs encerclés par des centaines de millions d'Asiatiques hostiles. Je trouve cette explication assez convaincante.

La seule différence avec les chats, c'est que le problème veut être résolu d'un coup de fusil. Pour les migrants, c'est plus compliqué... Encore que...

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