Le coma du PDG de FIAT/Chrysler, Sergio Marchionne, a fait la une de toute la presse italienne ce weekend. Pourquoi tant d'émotions dans un pays qui a pourtant d'autres crises et priorités?

Sergio Marchionne, président de FIAT et Chrysler est à l'article de la mort dans un hôpital suisse et le groupe a dû le remplacer en urgence. Mais au-delà de l'info, assez banale somme toute, c'est l'ampleur de la réaction italienne qui impressionne.

Mais pourquoi l’état de santé de Sergio Marchionne suscite-il tant d'émotion à droite comme à gauche ? Il y a bien sûr le fait qu'il dirige FIAT, l’entreprise emblématique de l'industrie italienne, depuis 14 ans.

Mais pour émouvoir tout un pays, il faut quelque chose en plus : quelque chose qui épouse l'Histoire : en l'occurrence, Sergio Marchionne a sauvé FIAT de la banqueroute et a redonné au groupe sa fierté en rachetant plus gros que lui, à savoir Chrysler.

L'Italie a perdu ses repères

En fait, le coma de Sergio Marcchionne est devenu d'un coup la parfaite métaphore d'une Italie qui depuis 10 ans semble avoir perdu ses repères. D'une Italie qui ne sait plus comment se sortir de cette torpeur économique et sociale qui la paralyse.

Même si, on l'oublie toujours, l'Italie se voit à bon droit comme une vraie puissance industrielle : ce n'est pas la France qui est la 2e puissance industrielle de l'Europe derrière l'Allemagne, mais bien l'Italie.

Reste que l'Italie est le seul pays européen, avec la Grèce, à ne pas avoir retrouvé son niveau d'avant la Grande récession de 2008. Pour l'Italie, c'est même plus grave : sa richesse nationale est aujourd'hui toujours inférieure à celle de 2004.

Autre signe de désarroi : 5 millions d'Italiens vivent à l'étranger. Une hausse de 60% en 10 ans ! Or ceux qui sont partis, pour l’essentiel en Europe, sont jeunes et bien formés. Ils manquent à l'Italie. Au travers de Marchionne, c'est donc l'Italie conquérante qui est pleurée.

Le bouc émissaire français

C'est vrai qu'on a entendu le ministre de l'Intérieur populiste Matteo Salvini expliquer que la France ne méritait pas son titre de champion du monde de foot, que le vin italien était bien meilleur que le nôtre… J'en passe et des plus drôles. Mais il faut comprendre :

Les grands groupes français ont fait leurs emplettes en Italie : banques, assurances, téléphonie, on a racheté à tour de bras. Et lorsque les Italiens ont voulu faire de même en reprenant les Chantiers de Saint Nazaire, par exemple, on a fait la fine bouche.

Par ailleurs, c'est vrai que la France a empêché les migrants débarqués en Italie, aux frais de l'Italie, de remonter plus au nord. Et lorsque les Italiens ont tenté de résoudre le problème en Libye, ils se sont fait doubler diplomatiquement par la France.

Enfin, il y a de la concurrence au sud de l'Europe : le mois dernier, l'Espagne a multiplié les gros titres pour expliquer qu'en termes de PIB par habitant, elle était désormais plus riche que l'Italie. L'Europe a contredit Madrid, mais on n'est pas loin du « sorpasso » !

Or cette situation italienne n'est bonne pour personne : en ce moment, la Grande-Bretagne est out, l'Allemagne est attaquée par les Etats-Unis. Or la France n'est rien seule et l'Espagne ou la Pologne ne font pas le compte. On a toujours besoin de l'Italie.

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