Le Christ va diviser l’Europe. Quand les gouvernements des vingt-cinq Etats de l’Union se réuniront, à l’automne, pour négocier le texte final du projet de Constitution enteriné vendredi, à Salonique, les marchandages seront rudes sur bien des sujets. On se disputera sur les domaines dans lesquels devrait subsister un doit de veto et sur les voix dont disposeront les différents pays au Conseil des ministres. On discutera intérêts nationaux bouts de gras mais le grand sujet, le plus explosif, sera le lien à faire, ou ne pas faire, entre l’Europe et le christianisme. Pour les pays les plus catholiques, la Pologne, l’Espagne, le Portugal, l’Italie, pour la quasi-totalité des démocrates-chrétiens, l’une des deux plus grandes forces politiques européennes, pour l’Eglise orthodoxe grecque et, naturellement, avant tout, pour le Vatican, pas de doute. La future Constitution de l’Europe, dans son Préambule, doit faire explicitement référence aux valeurs et aux racines chrétiennes de l’Europe. Elle ne doit pas se contenter, comme le fait le projet de Salonique, de mentionner, sans plus de précisions et, toujours, au pluriel, les « héritages culturels, religieux et humanistes » de l’Europe. Non, elle doit inscrire l’Histoire de l’Europe dans celle de la Chrétienté ce à quoi s’opposent la France, principe de laïcité, et la très grandes majorité des partis de gauche européens, principe de laïcité encore mais crainte, également, que le catholicisme ne puisse, un jour, s’appuyer sur la Constitution de l’Union pour y combattre les droits au divorce ou à l’interruption volontaire de grossesse. Identité religieuse, principes politiques, craintes, fondées ou infondées – tout, là, promet une très dure bataille mais ce n’est pas tout. Dans ce débat, il y a aussi un non-dit pesant, dépassant largement les affrontements entre croyants et incroyants, cléricalistes et laïcs, les transcendant même et ce débat est celui des frontières de l’Union. Si la Constitution reconnaissait le christianisme comme constitutif de l’Europe, cela pourrait en effet vouloir dire que l’Union réunit des nations chrétiennes ou de traditions chrétiennes, forme un club chrétien, ce qui semblerait exclure que des nations musulmanes l’intègrent un jour, la Turquie, pour ne pas la nommer dont la candidature, si officiellement acceptée qu’elle soit, ne fait pas du tout l’unanimité. On est ainsi parti pour une très malsaine empoignade, émotionnelle et mêlant beaucoup trop de questions et de passions à la fois. Le seul moyen de l’éviter serait de ne pas vouloir nier l’évidence, d’admettre, comme un fait et, donc, de l’écrire, que le christianisme a façonné l’Europe, qu’il est l’héritage de tous les Européens, chrétiens ou pas, mais pas leur seul héritage car les Lumières, ont tout autant que le Christianisme fait l’Europe et son rayonnement. L’Europe, c’est beaucoup d’influences, Rome, la Grèce, le Judaïsme et l’Islam entre autres, mais c’est, avant tout, le christianisme et les Lumières, l’Evangile et l’Encyclopédie. Si l’une et l’autre sont mentionnées, ce n’est plus une définition de l’Europe, c’est un constat contre lequel personne n’aurait plus de raison de s’insurger.

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