Pourra-t-on trouver des points communs entre ce que dira Tony Blair ce matin et ce que disait, hier soir, Dominique de Villepin ? A priori pas. Quand on fera la comparaison entre ces deux approches, on lira, chez l’un, un constat accusateur des carences du modèle social européen et un éloge en creux du libéralisme, chez l’autre un appel à l’harmonisation des politiques économiques des douze pays de l’euro, à un rassemblement et une montée en puissance de l’euroland et de ses gouvernements pour faire contrepoids à la Banque centrale. Ce sont deux voies différentes, deux politiques opposées qui sont proposées là à l’Union européenne et il n’est, bien sûr, pas indifférent que la Grande-Bretagne ne fasse pas partie de ces pays de l’euro que Dominique de Villepin entend rapprocher au sein de l’Union, comme pour en faire un sous-ensemble politique dans cette zone de libre-échange à laquelle se limiteraient, selon lui, les ambitions britanniques. L’Europe diverge. Elle approfondit ses vieilles lignes de fracture. Malgré les ouvertures que devrait faire, tout à l’heure, Tony Blair sur le rabais britannique et la Pac (un peu moins d’intransigeance sur ces deux dossiers), l’Union risque fort d’être durablement déchirée entre deux visions de son avenir mais il y a, pourtant, un point sur lequel les deux Premiers ministres convergent. Tony Blair en milieu de matinée, Dominique de Villepin hier, l’un et l’autre souhaitent voir progresser l’Europe de la Défense, accroître nos capacités devrait dire le premier, « aller plus loin » disait le second. C’est important. A défaut d’une plus large unité, il y a là de nouvelles fondations à jeter car l’intérêt d’une Défense commune est qu’on ne peut ni la concevoir ni la développer sans réfléchir ensemble aux menaces pouvant peser sur l’Union, à la hiérarchie de leur gravité, aux moyens politiques de les parer et aux outils militaires qu’elles pourraient requérir. Engager cette réflexion, c’est favoriser la naissance d’une politique étrangère commune et, donc, à terme, de l’Europe politique mais cette voie n’est pas seulement fructueuse. Elle est aussi la moins malaisée car toutes les grandes capitales européennes sont favorables à une affirmation militaire de l’Union. Toutes le sont car, qu’elles veuillent resserrer les liens transatlantiques (comme Londres) ou faire (comme Paris) de l’Europe un acteur autonome de la scène internationale, la Défense commune conditionne l’un comme l’autre de ces objectifs entre lesquels l’avenir tranchera, dans vingt ans, quand cette Défense existera. Aucun des Etats membres, de surcroît, n’est assez riche pour assumer seul la modernisation de ses armées. Ils doivent, et le savent, en passer par un partage des tâches et, parallèlement, par une concentration de leurs industries de Défense qui promettrait des retombées civiles, un bond de la recherche européenne. Or, s’il y a une unanimité entre les Vingt-cinq, c’est bien sur la nécessité de redonner par la recherche une avance compétitive à l’Europe. Il va y avoir plusieurs Europe dans l’Union mais leur ciment pourrait bien être la Défense.

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