C’est avec des sentiments aussi mélangés que l’Amérique et les pays arabes observent la crise iranienne. Pour l’une, l’enjeu est l’ambition nucléaire de l’Iran. Pour les autres, la République islamique, l’ancienne Perse, est l’un des trois seuls Etats non arabes de la région, avec Israël et la Turquie, un corps étranger, regardé avec d’autant plus de suspicion qu’il est l’unique grande puissance chiite, berceau et bastion de cette branche de l’islam dont le sunnisme, la branche majoritaire, n’a toujours pas accepté l’existence. Entre l’Iran et ses voisins sunnites, il y a un différend religieux, ravivé par Mahmoud Ahmadinejad dont les déclarations bellicistes visent à servir le prestige de la vraie foi dans les population sunnites, à leur montrer que le chiisme serait un meilleur défenseur de l’islam que leurs gouvernements, alliés des Etats-Unis. Plus grave encore aux yeux des capitales arabes, l’influence régionale de l’Iran s’est considérablement accrue, ces dernières années, en raison du développement de ses liens avec le Hezbollah libanais et le Hamas palestinien et grâce, surtout, au renversement de Saddam Hussein par les Etats-Unis qui a donné les commandes de l’Irak à sa majorité chiite. Sans même parler de sa marche vers la bombe, l’Iran est perçu comme une menace par les pays arabes mais la crise qui le secoue maintenant ne fait pourtant pas que les réjouir. Ils sont ravis de voir cet adversaire en pleine tourmente intérieure mais leur satisfaction est tempérée par deux craintes. La première est que cette révolte contre un gouvernement qui s’assied sur la volonté populaire ne puisse donner des idées à leurs propres populations, privées de tout droit de vote ou abonnées aux parodies électorales. Ils ne pourraient pas applaudir les manifestants de Téhéran sans danger pour eux-mêmes et cela d’autant plus – seconde crainte – que l’éventuelle victoire des opposants iraniens faciliterait un compromis entre les Etats-Unis et l’Iran, le pire cauchemar des dirigeants arabes dont les nuits sont hantées par la possibilité d’un retournement d’alliance qui referait de Téhéran le point d’appui privilégié de Washington. Bien au-delà de la volonté populaire iranienne, c’est tout l’équilibre régional qui est en jeu dans cette crise, d’où l’extrême prudence des Etats-Unis. Comme les pays arabes, Barack Obama aurait toute raison de se réjouir d’une révolte qui met en difficulté Mahmoud Ahmadinejad, désormais presque effacé par son mentor, le Guide suprême, lui-même en première ligne mais, comme les pays arabes, il a aussi des raisons de s’inquiéter. Le voilà pris entre les pressions des Républicains qui lui reprochent de ne pas plus voler au secours de la démocratie et l’impossibilité de soutenir les candidats évincés et leurs partisans car ce ne serait pas les aider que d’en faire des amis des Etats-Unis. Le voilà surtout devant une question sans réponse car, si les durs reprennent la main à Téhéran, nul ne peut déjà dire s’ils se mureront dans leur intransigeance diplomatique ou chercheront, au contraire, un compromis avec l’Amérique afin d’avoir les moyens d’offrir aux Iraniens une compensation, l’amélioration de leur niveau de vie.

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