Quand ce n’est pas un problème, c’est l’autre. Atteint par cette marée noire qu’on lui reproche de ne pas encore avoir su juguler alors qu’un président américain devrait savoir et pouvoir tout faire, Barack Obama fait maintenant face à une affaire dans la crise afghane. Vendredi, "Rolling Stone" publiera un long portrait du général McChrystal, commandant en chef des troupes d’intervention en Afghanistan, dont le magazine a partagé les journées durant plusieurs semaines. Des extraits ont circulé à l’avance et il en ressort que le général et son entourage ont une très petite opinion du président, du vice-président et de leurs collaborateurs, collectivement dépeints comme le principal ennemi qu’ils aient à combatte dans cette guerre. Il n’y a pas de citation directe, pas « d’attribution », comme on dit, des propos rapportés, mais le tout n’en est pas moins ravageur. « Qui c’est ça ? », demande un officier interrogé sur le vice-président Biden avant de faire un mauvais jeu de mot sur son nom. L’ambassadeur américain à Kabul aurait, lui, « trahi » le général McChrystal et uniquement pensé à sa place dans les livres d’Histoire en prenant ses distances avec les demandes de renforts qu’il préconisait. Le président lui-même n’aurait voulu que se faire photographier avec le général lorsqu’il l’avait reçu à la Maison-Blanche, il y a un an. Le général Jones, conseiller pour la sécurité nationale de la Maison-Blanche, ne serait qu’un « clown ». L’envoyé spécial américain pour l’Afghanistan et le Pakistan, Richard Holbrooke, fatiguerait tant le général McChrystal qu’il n’ouvrirait même plus ses messages et tout est à l’avenant. L’émotion est telle à Washington où la Maison-Blanche a fait part de la « colère » du président que Stanley McChrystal s’est d’ores-et-déjà confondu en excuses mais il est convoqué pour aujourd’hui au Pentagone et dans le Bureau ovale et la presse américaine s’interroge non seulement sur son avenir mais aussi sur ses motivations. A-t-il simplement oublié que, lorsqu’on ouvrait tous ses bureaux à un journaliste, il entendait forcément beaucoup de choses ? C’est possible. La communication n’est pas toujours maîtrisée et c’est tant mieux. A-t-il, au contraire, voulu faire scandale pour tomber en fort en gueule avant parce qu’il ne croirait plus en la possibilité d’une victoire ? C’est également plausible mais cela laisse le choix entre un maladroit trop bavard et un demi putschiste, pas vraiment ce dont les Etats-Unis ont besoin à la tête de leurs forces afghanes. C’est une crise, et elle est sérieuse car, si Barack Obama ne limoge pas ce général sur le champ, il semblera le craindre et, s’il le fait, il devra le remplacer alors même que ce poste demande une grande familiarité avec un pays complexe. En tout état de cause, les projecteurs viennent de se braquer sur cette guerre et de rappeler qu’il sera difficile d’y marquer assez de points pour amener les taliban à négocier le compromis auquel les ambitions des Etats-Unis se sont réduites. A cinq mois des élections de mi-mandat, Barack Obama s’en serait bien passé.

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