Les signaux sont tellement contradictoires en Ukraine qu’ils en semblent, mais à tort, illisibles. Le cessez-le-feu annoncé jeudi par le président ukrainien, Petro Porochenko, est théoriquement entré en vigueur vendredi soir. Cela n’a rien changé sur le terrain puisque les séparatistes pro-russes se sont attaqués, depuis, à deux bases militaires ukrainiennes et à plusieurs postes frontières avec la Russie.

Leur objectif parait plus que jamais être de s’assurer le contrôle de la frontière par laquelle ils reçoivent des renforts et des armes lourdes qui ne viennent évidemment ni du Pérou ni de Monaco mais de la Fédération de Russie. L’armée ukrainienne a riposté à ces attaques et, pour l’heure, ce cessez-le-feu proclamé pour une semaine reste nul et non avenu pour la bonne raison que les séparatistes le jugent « insignifiant » tant qu’il n’impliquera pas le retrait des troupes ukrainiennes des régions orientales et la reconnaissance de leur indépendance.

Sur le terrain diplomatique maintenant, la situation n’est pas meilleure car Vladimir Poutine dit, tout à la fois, blanc et noir. Il a appelé, samedi, « toutes les parties à cesser les hostilités et à s’asseoir à la table de négociations ». Plus important encore, il a déclaré son « soutien » au cessez-le-feu décrété par le président ukrainien et à « son intention de prendre des mesures visant à la conclusion d’un règlement pacifique » mais, quelques heures à peine avant cette déclaration, le ministre russe de la Défense annonçait, lui, le début d’exercices mobilisant 65 000 hommes à la frontière ukrainienne.

Le message n’était pas la même et rebelote, dimanche, puisque Vladimir Poutine a réaffirmé alors son soutien aux efforts de Petro Porochenko tout en accusant les autorités ukrainiennes d’être responsables de la poursuite des combats et les exhortant à y mettre fin comme si les séparatistes étaient d’innocents pacifistes. Entre temps, le président russe s’était entretenu, le matin même, avec François Hollande et Angela Merkel pour la deuxième fois en trois jours. Il y a Vladimir et il y a Poutine. Les deux ne tiennent pas le même langage et deux raisons expliquent ce grand écart.

La première est que la Russie est toujours sous la menace de nouvelles sanctions européennes et américaines qui mettraient encore plus à mal son économie. L’intérêt de Vladimir Poutine est, en conséquence, de protester en permanence de sa bonne volonté afin d’entretenir l’espoir des Occidentaux de l’amener à un compromis tout en maintenant la pression militaire sur l’Ukraine afin de l’amener à envisager des concessions toujours plus larges qui donneraient à la Russie un contrôle de fait sur son ancien vassal.

Quant à la deuxième raison de ce double langage, elle est que les milieux d’affaires et toute une partie du gouvernement russe font pression sur le Kremlin en faveur de plus de modération car ils ne veulent à aucun prix d’une rupture avec les Occidentaux que l’armée et les services de sécurité sont, eux, tout prêts à assumer. Vladimir Poutine doit donner des gages aux deux camps et affirmer son autorité sur eux. Il surfe sur une contradiction interne et c’est ce vendredi que l’Ukraine doit signer avec l’Union européenne son accord d’association.

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