C'est le jour J pour le Royaume-Uni, mais selon vous, pas uniquement : toute l'Europe se pose en ce moment la question d'en être ou pas...

On le voit bien avec l'émergence sur tout le continent de forces politiques de gauche comme de droite mais qui, dans leur ensemble, partage un certain euroscepticisme, allant du refus de la monnaie au refus d'une Europe ultralibérale.

Des mouvements qui, lorsqu'ils parviennent au pouvoir, calment soudain leur europhobie comme en Grèce, demain peut-être en Espagne, ou dans le nord de l'Europe, s'agissant de parti populiste ou d'extrême droite, en coalition.

Mais l'essentiel est ailleurs : l'essentiel, c'est cette concomitance dans toute l'Europe de l’europhobie, l'essentiel c'est que la moitié des Britanniques pourrait voter leur sortie de l'Union, l'essentiel c'est donc partout ce vent de contestation.

Alors, certes, le référendum britannique a été décidé pour de mauvaises raisons : David Cameron a cru malin de l'organiser pour calmer les eurosceptiques de son parti. Mais à la fin, la question posée mérite qu'on y réponde nous aussi.

C'est à dire être ou ne pas être Européen ?

Shakespearien dès le matin ! Disons plutôt quelle Europe ? Depuis sa création, la Communauté économique européenne, puis l'Union européenne, a tout fait pour éviter la référence à ce qui a fait le malheur du continent, à savoir les Empires.

NON, l'« union toujours plus étroite » des nations européennes n'a rien à voir avec l'Empire romain, ni napoléonien ni austro-hongrois. La preuve, nous ne nous envahissons les uns les autres, nous commençons par commercer entre nous.

Sauf que les empires ont d'abord et avant tout été de bonnes affaires commerciales. L'Empire romain, ce sont autant les légions que les routes, une certaine unification des poids et mesures et la circulation des biens en sécurité.

Donc lorsque l'Union européenne harmonise les législations, crée une monnaie, rapproche les niveaux de vie, paie des infrastructures et abolit les frontières, elle fait ce que font tous les Empires de l'Histoire : unir et commercer en paix.

La question est donc plutôt quel modèle pour cet empire européen ?

Quel modèle politique ? Doit-il être jacobin, centralisé et napoléonien ou austro-hongrois ? C'est-à-dire décentralisé avec une parfaite égalité entre les sujets de l'Empire. C'est une question importante qui divise le sud et le nord de l'Europe.

Les Britanniques, eux, ont toujours été très à l'aise avec une idée de l'Empire européen qui ressemblerait à celui qu'ils ont bâti au XIXe siècle : beaucoup de commerces, peu d'institutions politiques ou alors celles utiles au commerce.

Mais surtout quelles sont les valeurs de cet empire imparfait ? Je dirais que les Européens ont en commun de puissantes institutions démocratiques et un idéal humaniste fait de protection des minorités et d'indifférence religieuse.

Ils ont aussi en commun une économie ouverte mais mâtiné d'un modèle social protecteur. Autrement dit, à chaque fois que l'Europe donne l'impression de trahir l'un de ces idéaux, par excès de libéralisme par exemple, elle déçoit.

Et à chaque fois qu'elle privilégie un modèle politique sur l'autre, Napoléonien ou Austro-Hongrois, elle irrite. Les Britanniques vont donc devoir répondre à une question qui se pose à tous les Européens : Quel modèle pour l'Europe ?

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