Où l'on voit l'Union avancer vers une Défense commune et débattre de la protection de ses industries

Au Conseil européen qui s’est ouvert hier, Emmanuel Macron avançait sur deux fronts. Il voulait faire acter la naissance d’une Europe de la Défense par les autres dirigeants nationaux des pays membres et c’est chose faite. Il souhaitait, parallèlement, amener l’Union à mieux contrôler les investissements étrangers, non-européens, dans les secteurs stratégiques de l’industrie et il s’est heurté, là, comme prévu, à un refus aussi courtois que net.

Beaucoup des autres Européens ne veulent pas de restriction des investissements chinois – car c’est essentiellement d’eux qu’il s’agit – pour des raisons différentes mais convergentes. Il y a les pays traditionnellement attachés, comme les Pays-Bas, au libre-échange et qui estiment, de surcroît, qu’à l’heure où Donald Trump voudrait l’enterrer au profit du protectionnisme, l’Union doit s’en faire le défenseur et empêcher un retour aux barrières douanières ou réglementaires.

L’Allemagne était, de son côté, extrêmement rétive à la proposition française parce que la Chine est l’un de ses principaux clients et qu’elle ne souhaite en conséquence pas compromettre ses exportations en se mettant mal avec elle.

Et puis il y avait enfin des pays, comme la Grèce, pour lesquels les investissements chinois sont une aubaine dont leur économie mal en point ne pourrait se passer sans dommages.

Ce fut donc « non », un « non » enrobé dans une formule disant que le Conseil « reviendra sur cette question lors d’une de ses prochaines réunions », mais un « non » dont Emmanuel Macron pouvait pourtant se féliciter pour deux raisons.

La première, comme il l’a aussitôt souligné, est que refus ou pas, la majorité du Conseil a bien dû admettre qu’il y avait matière à débat et que cela marque, pour l’Union, un début d’évolution sur cette question cruciale. Renvoyé dans les cordes, Emmanuel Macron n’en a pas moins enregistré des soutiens. Il a engagé une bataille politique et s’est ainsi publiquement fait l’avocat de « l’Europe qui protège ».Sur la scène intérieurs française comme dans sa bataille pour la relance de l’Union, cela ne peut que le servir et c’est la deuxième raison pour laquelle cette défaite est loin d’en être une.

Pour ce qui est, maintenant de l’autre front, de la Défense, la victoire était tellement annoncée qu’elle passerait presque pour une évidence mais…

Souvenons-nous. Il y a encore moins d’un an, la seule idée d’une Défense européenne était un complet tabou parce que l’écrasante majorité des Européens n’y voyait qu’une lubie française, antiaméricaine et totalement contraire à la solidarité atlantique puisque la Défense, c’était l’Otan et le parapluie américain, point à la ligne.

Puis il y eut l’Ukraine, les chaos proche-orientaux et, maintenant, Trump. Allemagne en tête, les Européens ont viré de bord et Emmanuel Macron qui avait senti le vent tourner est apparu comme l’artisan de ce retournement. « Il faut en mesurer la portée historique », s’est-il contenté de dire car il n’y avait pas besoin là de grands mots tant cette portée est réellement, historique.

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