Comme son ancêtre la Société des Nations, l’ONU est contrainte à l’impuissance par la désunion du monde. Le problème n’est pas l’ONU, mais les rivalités de puissance, comme au temps de la guerre froide.

La salle de l’Assemblée générale des Nations Unies, le temps fort de l’année, qui se tiendra cette année par visioconférence pour cause de coronavirus.
La salle de l’Assemblée générale des Nations Unies, le temps fort de l’année, qui se tiendra cette année par visioconférence pour cause de coronavirus. © AFP / William Volcov / Brazil Photo Press via AFP

C'est un bien triste anniversaire, il faut l’avouer… Le 26 juin 1945 à San Francisco, 50 États signaient la Charte des Nations Unies, sur l’air de « plus jamais ça ». 75 ans après, l’ONU se retrouve dans la même impuissance que la Société des Nations avant elle, les guerres de Syrie, et aujourd’hui de Libye, en témoignent cruellement.

Il faut se replacer dans ce moment historique de juin 1945 : la seconde guerre mondiale n’est pas encore terminée, la guerre du Pacifique ne prendra fin que deux mois plus tard… Mais déjà, le monde pense à reconstruire, et dans un élan de coopération, Américains et Soviétiques s’entendent sur la création des Nations Unies. 

Pour ne pas reproduire les faiblesses de la Société des Nations, qui n’avait pas su empêcher un nouveau conflit mondial, l’organisation qui lui succède est plus musclée. Elle est dotée d’un Conseil de sécurité, et de cinq membres permanents, les vainqueurs de la guerre, dotés d’un droit de véto. 

Mais la machine se grippe très vite. Le britannique Brian Urquhart, qui a passé 40 ans à l’ONU, raconte dans ses mémoires que l’idéal et l’enthousiasme de San Francisco n’aura duré que …quelques mois. Très vite, la guerre froide naissante s’installe partout, y compris au siège des Nations Unies.

C’est ce qui se passe de nouveau aujourd’hui. Depuis près d’une décennie, les Nations Unies sont rendues inefficaces par les rivalités de puissance, hier entre les États-Unis et la Russie, aujourd’hui les États-Unis et la Chine.

« Nous sommes en 1947 », constate un responsable européen, faisant allusion à l’année retenue pour le début de la guerre froide, la vraie, entre les Américains et les Soviétiques. Le Conseil de sécurité n’a même pas pu se réunir pour discuter de la pandémie de covid-19...

L’administration Trump double sa volonté d’en découdre sur tous les fronts avec la Chine d’un mépris souverain pour les instances multilatérales, et donc les Nations Unies. Au point de claquer la porte comme à l’Organisation mondiale de la Santé, laissant paradoxalement le champ libre à l’influence chinoise.

Peut-on sauver les Nations Unies ? Tout dépend des États eux-mêmes. L’ONU a certainement besoin de réformes, mais son principal problème est la désunion des nations, bien plus que ses défauts.

La question est donc de savoir comment, et dans quel état, le monde sortira de la transition actuelle… Sur son site, l’ONU évoque son 75ème anniversaire en souhaitant que 2020 soit « l’année du dialogue » de la « famille humaine ». Des vœux pieux que les grandes et les petites puissances ignorent, trop occupées à se tailler leur place dans le nouveau monde.

Dag Hammarskjold, le deuxième secrétaire général de l’ONU, qui connut une mort tragique dans un accident d’avion en Afrique australe en 1961, a eu ce mot magnifique : « les Nations Unies n’ont pas été créées pour emmener l’humanité au paradis, mais pour l’empêcher de tomber en enfer ». 75 ans après la signature de la Charte de San Francisco, cette modeste mission reste d’actualité, mais de plus en plus difficile à exercer.

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