(030523) Il n’y a personne à accuser. Personne n’est responsable d’un tremblement de terre mais, devant ces épouvantables scènes d’Alger, ces morts, ces blessés, ces sans abris, devant le désespoir des survivants tentant, à mains nues, d’arracher aux décombres leurs enfants, leurs parents, leurs voisins, comment ne pas se dire que rien n’aura été épargné aux Algériens ? Devant l’inexistence des secours et tant de chaos, comment ne pas voir qu’il n’y a pas que la fatalité dans ce séisme mais aussi la faillite d’un pays qui, elle, a des causes, et des responsables ? La France, d’abord, a commis un crime en Algérie. Il n’est pas tant, encore que…, de l’avoir colonisée. Cela se faisait à l’époque, cela n’indignait que bien peu de gens. C’est l’Histoire, passons, elle est lointaine mais le crime de la France a été de n’avoir pas su quitter ce pays en négociant son départ et des étapes. Quant il en était encore temps, la France coloniale a refusé la main tendue par cette partie de l’élite algérienne qui souhaitait une décolonisation pacifique. Lâcheté de ses gouvernements, panique des petits Blancs, cécité suicidaire des gros colons, la France s’est laissée glisser dans la guerre et ce ne sont pas seulement les populations algériennes et les jeunes appelés du contingent qui en ont payé le prix. Cette guerre a été si haineuse, longue et sanglante que les commandants des maquis ont vite pris l’ascendant sur les dirigeants politiques du mouvement indépendantiste et que lorsque la France a du partir, il n’y avait évidemment plus de place pour les Français d’Algérie. Résultat, à l’heure de l’Indépendance, les hommes aux commandes n’étaient pas, loin de là, les plus capables, les plus ouverts, les plus clairvoyants et les cadres dont aurait eu besoin la nouvelle Algérie, ces Français qui faisaient tourner l’économie et l’administration, sont tous partis, chassés, du jour au lendemain, par la terreur. Les souffrances infligées à ces Pieds-noirs ont été épouvantables. Beaucoup, la plupart, en souffrent encore, mais pour l’Algérie, ce fut pire encore. Elle, a dû repartir quasiment à zéro et, dans ce vide, toutes les mauvaises idées de la décolonisation, parti unique, étatisation générale, industrialisation forcée, se sont imposées. C’était la recette de l’échec, de la corruption, de la stérilisation nationale et, quand ce fut patent, quand le régime, à la fin des années quatre-vingt, dut finalement s’ouvrir, il n’y avait plus que les islamistes pour assurer une alternance. L’armée ne l’a pas voulu. Beaucoup d’Algériens ne le voulaient pas et on les comprend mais la guerre civile qui en a découlé, ce bain de sang dont l’Algérie n’est toujours pas totalement sortie, est le crime de l’ancien parti unique auquel s’ajoute, aujourd’hui, celui de l’armée. Le pouvoir algérien, le vrai pouvoir, c’est l’armée, ses généraux, et, depuis quinze ans, ces hommes ne font rien pour que l’Algérie puisse s’en sortir, réformer ses institutions et son économie. Profitant éhontément du chaos, les généraux l’entretiennent et quand survient un tremblement de terre, on découvre qu’il n’y a pas d’Etat, rien, ou à peu près, , pour y faire face. A cela, il y a des responsables.

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