A une lente agonie, Gerhard Schröder a préféré le quitte ou double d’une bataille politique. Majoritaire au Bundestag, la Chambre des députés allemands, il aurait pu ignorer sa défaite d’hier, cette perte du Land le plus peuplé d’Allemagne, la Rhénanie du Nord Westphalie que les sociaux-démocrates tenaient depuis 39 ans, s’accrocher au pouvoir et y attendre le terme normal de son mandat, à l’automne 2006. Il aurait pu le faire mais, outre que sa majorité est fragile et qu’une partie de son aile gauche entre en dissidence, outre qu’il n’était pas certain de n’être pas mis en minorité par des défections de son propre camp, il aurait alors été condamné à une inéluctable défaite dans seize mois, après s’être épuisé à se survivre. En accord avec ses alliés Verts, sa décision était donc prise. S’il était battu hier, s’il perdait le dernier des cinq länder que son parti contrôlait au moment de sa première élection de 1998, il suscitait des élections anticipées et demandait aux Allemands de choisir entre la droite et lui, de le remettre en selle ou de passer les commandes aux démocrates-chrétiens. Gerhard Schröder se fait peu d’illusions. Le plus probable est que l’Allemagne choisisse l’alternance à l’automne prochain car les mesures d’austérité qu’il a initiées pour tenter d’éviter la faillite aux caisses de chômage, de retraites et d’assurances maladie ne passent pas auprès de la base ouvrière de son parti et braquent toute une partie des classes moyennes, celles qui font et défont les majorités. Le chancelier, dit-on dans son entourage, ne se donne pas plus d’une chance sur cinq de remporter ces élections anticipées mais au moins permettront-elles aux sociaux-démocrates de défendre leur politique, d’essayer une dernière fois de convaincre leur électorat qu’il faut en passer par ces mesures que Gerhard Schröder qualifiait, hier soir, de « nécessaires » ou d’entrer dans l’opposition le front haut et d’y attendre que les Allemands aient vu si la droite faisait mieux. Cette attitude honore le SPD et la démocratie allemande mais au-delà même du changement qui, en tout état de cause, s’amorce ainsi dans le plus riche et le plus peuplé, le plus proche, également, de la France, des 25 pays de l’Union, c’est toute l’Europe qui est concernée là. Elle l’est, d’abord, parce que la question que Gerhard Schröder pose ainsi aux Allemands est de savoir, premièrement, si l’assurance chômage peut assurer la même couverture dans des temps de bouleversements économiques qu’en période de stabilité et, deuxièmement, si l’allongement de la durée de la vie permet les mêmes conditions de financement des retraites et de la couverture médicale qu’à l’époque où l’on mourrait à un âge où l’on est encore, aujourd’hui, jeune. Toute l’Europe, ensuite, est concernée par ces élections car leur tenue implique qu’au lendemain du probable, pas encore certain mais probable, « non » de la France au Traité constitutionnel, les deux locomotives de l’Union se trouveront politiquement paralysées - l’une par une campagne électorale, l’autre par la crise politique que ce non provoquerait, à droite comme à gauche.

L'équipe

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.