L’enchaînement est clair, ou le paraît en tout cas. Jeudi dernier, les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne déposent au Conseil de sécurité un projet de résolution sur la constitution d’un Tribunal international devant être saisi de l’assassinat, en février 2005, de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri. Leur démarche a tout pour inquiéter le régime syrien, plus que soupçonné d’avoir organisé ce meurtre. Si le Conseil de sécurité adopte ce projet, le Tribunal international sera automatiquement mis en place alors que les alliés libanais de la Syrie, le Hezbollah mais aussi les Présidents de la République et du Parlement, en bloquaient la création depuis des mois. La Syrie est dos au mur et dimanche, comme en réponse, le Fatah al-Islam, un nouveau groupuscule islamiste récemment implanté à Nahr al-Bared, un camp de réfugiés palestiniens du nord du Liban, suscite des troubles avant de revendiquer deux attentats commis dans la foulée. De là à accuser la Syrie d’avoir voulu intimider le Conseil de sécurité, il n’y a qu’un pas qu’un des plus courageux des dirigeants libanais, Walid Joumblatt, a publiquement franchi. « Le fatah al-Islam est un gang terroriste que nous a envoyé la Syrie », a-t-il déclaré en exprimant à haute voix ce qui se dit partout à Beyrouth. Ce lien de cause à effet semble si évident, rappelle tant de manœuvres passées des services syriens, que la France et les Etats-Unis viennent, à l’unisson, d’assurer le Premier ministre libanais de leur soutien et d’affirmer leur volonté de ne « pas céder au chantage » et d’aller de l’avant devant le Conseil. Dos au mur, la Syrie est, depuis hier, au banc des accusés mais il n’est pour autant pas certain qu’une autre hypothèse, encore plus inquiétante, soit à exclure. Quels que soient les rapports que les services syriens entretiennent avec la mouvance du Fatah al-Islam, il n’est pas impossible que ce mouvement qui se réclame d'une proximité idéologique avec d’Al Qaëda ait voulu jouer là sa propre carte en profitant de ce moment de tension pour tenter de mettre le feu aux poudres. Ses responsables ne pouvaient pas ignorer que leurs provocations susciteraient une riposte du gouvernement libanais contre le camp palestinien où ils se sont implantés et que les violences dont les réfugiés se trouveraient alors otages provoqueraient une colère dans les autres camps où vivent au total 400 000 Palestiniens. La Syrie a pu penser, oui, évidemment, que cette manipulation la servirait mais le fait est que cette stratégie du chaos est également celle dont usent les islamistes les plus radicaux en Irak comme en Somalie et, maintenant peut-être, au Liban. Dans les crises du monde arabo-musulman, le plus grand des drames est que les acteurs se multiplient à l’infini, s’autonomisent et qu’il ne leur faut que leur fanatisme pour enclencher des dynamiques incontrôlables.

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