Tout bouge au Proche-Orient mais la question est de savoir dans quelle direction. Première lecture, le croissant chiite dessiné par l’Iran, la Syrie et le Hezbollah libanais, cet axe radical, marque des points car, au terme des négociations menées au Qatar entre les différentes parties libanaises, le Hezbollah a obtenu tout ce qu’il exigeait vainement depuis 18 mois. Ses ministres disposeront d’un droit veto sur les décisions du gouvernement au sein duquel ils vont revenir. Rien ne pourra, donc, plus se faire au Liban, au cœur du monde arabe, à la frontière nord d’Israël, sans l’accord d’un mouvement chiite soutenu par l’Iran et la Syrie. Plus spectaculaire encore, le Hezbollah n’a pas eu à renoncer à ses armements, contrairement à ce que se demandait la majorité libanaise constituée par les chrétiens et les sunnites. Le seul engagement qu’il ait pris est de ne pas les utiliser au Liban même, dans les déchirements politiques de ce pays, mais seulement, en sous-entendu, en cas de nouveaux affrontements avec Israël. Si l’on s’en tient au Liban, l’Iran gagne, sur toute la ligne. Si l’on dépasse le seul Liban, les choses sont, en revanche, bien plus complexes. Au moment même où se concluait cet accord libanais, Israël et la Syrie ont confirmé la tenue de conversations bilatérales, sous l’égide de la Turquie. Elles n’étaient plus un secret. Dès leur amorce, on en avait souligné l’importance dans cette chronique mais il est maintenant officiel, absolument clair en tout cas, qu’Israéliens et Syriens débattent de la possibilité d’un accord de paix fondé sur des concessions réciproques et taille. Les premiers rétrocéderaient aux seconds le plateau du Golan qu’ils avaient conquis en 1967 et annexé en 1981. En échange, les seconds s’engageraient auprès des premiers a arrêter le transit par leur territoire des armes iraniennes livrées au Hezbollah ; à retirer leur soutien aux islamistes palestiniens du Hamas dont ils hébergent la direction à Damas, leur capitale, et à rompre, surtout, leur alliance privilégiée avec l’Iran. Tout peut encore faire capoter ces discussions mais, outre, qu’elles ne semblent pas si mal parties, qu’Israël parle des « concessions douloureuses » qu’il envisagerait de faire et que les Syriens confirment l’offre de restitution du Golan, le fait est que la paix serait aujourd’hui dans l’intérêt des deux parties. Les Syriens y trouveraient l’occasion de renouer avec les puissances occidentales et de réaffirmer leur influence au Liban. Les Israéliens relativiseraient, là, l’influence iranienne ; s’assureraient du calme à leur frontière avec le Liban ; réduiraient le Hezbollah à une force politique libanaise parmi d’autres ; se feraient reconnaître par un pays arabe de plus et isoleraient, enfin, le Hamas dans son bastion de Gaza alors qu’ils sont en pourparlers avec le président palestinien. Les deux lectures sont possibles. La réponse est à venir.

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