Dans l’opposition, la droite espagnole est très largement arrivée en tête, hier, des élections municipales et régionales. Après l’échec essuyé la semaine dernière par Silvio Berlusconi dans plusieurs grandes villes italiennes et la série de défaites enregistrées, hier encore, par la droite allemande dans les différents länder du pays, ces résultats confirment la tendance des électorats européens à sanctionner les partis au pouvoir. La conclusion à tirer de ces scrutins devrait donc être que, la droite étant aujourd’hui majoritaire en Europe, une majorité de gauche devrait y prendre la relève dans les deux années à venir mais, aussi plausible que cela soit, les choses ne sont peut-être pas aussi simples. Du Nord au Sud et d’Est en Ouest, il y avait déjà la poussée des nouvelles extrêmes droites qui brouille ce schéma d’alternance traditionnelle dans les pays à système parlementaire et une aspiration au centre qui pourrait réserver bien des surprises au soir du premier tour de la présidentielle française. Il y a de longs mois déjà que monte en Europe un désir de renouvellement de l’offre politique dont le signe le plus frappant est l’envolée des Verts en Allemagne, désormais en tête de l’opposition de gauche, mais il y a maintenant l’Espagne, non pas celle de ces élections mais celle de la Puerta del Sol. Sur cette grande place du cœur de Madrid, il se passe quelque chose de profondément neuf en Europe. Ni de gauche ni de droite, le cœur à gauche mais en quête d’un engagement ailleurs, quelques centaines de jeunes gens y ont planté leurs tentes il y a huit jours pour crier la colère d’une génération qui compte près d’une moitié de chômeurs parmi les moins de 25 ans. Avec un taux de chômage global à 21,5%, et des mesures d’austérité draconiennes prises par le gouvernement socialiste pour éviter un effondrement à la grecque la jeunesse espagnole se sent si peu d’avenir et place si peu d’espoirs dans l’alternance que ce mouvement de protestation a rencontré une sympathie générale. De jour en jour, ce rassemblement a grandi, attiré toujours plus de gens et essaimé dans une soixantaine d’autres villes – si bien pris en un mot que ces « indignés » comme ils se sont nommés en référence au best-seller de Stéphane Hessel ont créé une nouvelle réalité politique. Ce n’est pas d’une révolution qu’il s’agit. Parfaitement non-violents, pragmatiques et, en ce sens, beaucoup plus américains qu’européens, les « indignés » ne veulent que réfléchir ensemble à de nouvelles idées qu’ils se cherchent pour donner à la politique les moyens de sortir de la logique des marchés, ceux-là mêmes qui imposent l’austérité. « Ca ne marche pas », disent-ils du libéralisme sur le ton d’évidence avec lequel Margaret Thatcher, avait lancé, en son temps : « Le communisme, ça ne marche pas » et la parenté de ce mouvement avec le printemps arabe est proprement stupéfiante. C’est une génération qui fait bouger les lignes. Elle s’est rassemblée grâce aux nouveaux moyens de communication et refuse un monde dans lequel elle ne trouve pas plus sa place que les diplômés chômeurs de Tunis ou du Caire. Il n’est pas exclu que ce mouvement puisse faire tâche d’huile en Europe et, si c’était le cas, l’année 2011 deviendrait vraiment une nouvelle année 68, celle de la révolte internationale d’une génération.

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