C’est non, toujours non, mais pour combien de temps ?

Hier encore, Mme Merkel a fait savoir que l’Allemagne n’avait pas changé de position sur les eurobonds, qu’elle s’y opposerait au cours du sommet informel qui réunit les 27, à cette idée d’emprunts européens, d’euro-obligations, qui mutualiseraient les dettes des pays de l’Union et s’y opposerait à nouveau au Conseil européen de la fin juin.

Elle en a le pouvoir puisqu’une telle décision requerrait l’unanimité des Etats membres et que l’Allemagne est, de surcroît, le plus riche d’entre eux mais le problème pour la chancelière est qu’elle ne pourra pas éternellement avoir raison sur tout contre tous. Vendredi dernier, Barack Obama recevait François Hollande à la Maison-Blanche quelques heures avant l’ouverture du G-8 et, si le président américain ne s’est évidemment pas prononcé sur ce sujet, il a très clairement apporté son soutien aux appels à la relance économique du président de la République qui est un ardent défenseur des eurobonds.

Le lendemain, c’était au tour du président du Conseil italien, Mario Monti, homme de sensibilité démocrate-chrétienne, de déclarer qu’on « ne pouvait pas attendre des réformes structurelles pour générer la croissance » et que l’Union devait prendre « des mesures concrètes comme le renforcement du capital de la Banque européenne d’investissement, des emprunts destinés à des projets d’infrastructure et une évolution vers les euro-obligations ».

Mario Monti vient d’enfoncer le clou en ajoutant, hier, que « sans croissance, la discipline budgétaire était intenable » et que « l’Europe devait prendre en compte le message envoyé par le G-8 ». De longue date favorable aux eurobonds, la Commission européenne souhaite plus que jamais leur introduction. Cet après-midi, le chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, fera escale à l’Elysée avant le dîner de Bruxelles et il se dit à Madrid qu’une bonne moitié de ses ministres sont favorables à la mutualisation des dettes car leur pays ne peut plus faire face à ses difficultés et aux taux d’intérêt qui lui sont imposés. Le climat change du tout au tout en Europe qui commence à parler le hollandais dans le texte, comme 47% des Européens et 46% des Allemands qui se prononcent, comme la France, pour un mélange de rigueur et de relance.

Plus grave encore pour la chancelière, les sociaux-démocrates allemands ne sont plus qu’à un point de son parti dans les sondages et la pressent, eux aussi, de se rapprocher de François Hollande en la menaçant de ne pas ratifier le Pacte budgétaire qui ne peut pas l’être sans leurs voix. Angela Merkel devra faires des concessions mais lesquelles ?

Il semble d’ores et déjà acquis qu’elle acceptera les « project bonds », les emprunts communs destinés à financer des investissements européens, l’augmentation du capital de la Banque européenne d’investissements et un étalement des mesures de redressement des comptes publics demandées à la Grèce et l’Espagne. Pour ce qui est de la mutualisation des dettes, on n’y est en revanche pas mais, depuis 2008, Mme Merkel a toujours dit non à toutes les mesures contre la crise avant de les accepter toutes, avec six mois de retard.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.