Ce matin, vous revenez sur la mort, samedi, du Mollah Mansour, le leader des talibans afghans...

Par Anthony Bellanger.

Ce matin, vous revenez sur la mort, samedi, du Mollah Mansour, le leader des talibans afghans...

Au Pakistan. Les Américains ont repéré puis attaqué et enfin tué le chef des talibans au Pakistan. Et c'est loin d'être un détail. Pour attaquer hors d'Afghanistan, les militaires américains ont besoin de l'accord du président des Etats-Unis, Barack Obama.

Or je rappelle à qui veut bien l'entendre que le Pakistan est censé être l'allié des Etats-Unis dans la région. Il ne s'agit pas d'une figure de style : les Américains ont dépensé en 15 ans 33 milliards de $ en aide militaire pour moderniser l'armée pakistanaise.

Par ailleurs, les liens entre les services secrets pakistanais et américains sont constants. On pourrait donc logiquement imaginer que les Américains ménagent leur monture pakistanaise, alors même que les affaires se compliquent en Afghanistan.

Du coup, comment expliquez-vous cette attaque américaine en plein territoire pakistanais ?

Pour comprendre, il faut revenir un peu en arrière : depuis un an, le président afghan tente de négocier la paix avec l'ensemble des forces en présence et notamment avec les Talibans. Un processus appuyé par les Etats-Unis qui sont allé très loin dans leur soutien.

Il y a un an, Joe Biden, le vice-président américain avait été jusqu'à déclarer : « les talibans de sont pas 'per se', (c'est à dire 'en soi') nos ennemis ». C'est énorme quand on y pense, 15 ans après les attentats du 11 septembre.

Et pour faire la paix avec les talibans afghans, il faut remettre dans le jeu les Pakistanais qui sont leurs soutiens. Notamment le mollah Mansour qui était perçu comme l'homme d'Islamabad et de ses réseaux.

Or, un an plus tard, c'est un échec total : les talibans ne sont jamais vraiment entré dans les négociations, les Pakistanais non plus et les combats ont repris de plus belle depuis janvier : jamais ils n'avaient si meurtriers depuis 2001 pour l'armée et la police afghane.

Donc la mort du Mollah Mansour est un avertissement sans frais...

Exactement. C'est un avertissement pour les talibans, bien sûr, mais surtout pour les Pakistanais qui continuent de jouer un double-jeu particulièrement agaçant. D'un côté, ils vont en délégation geindre à Washington pour obtenir des armes et de l'argent.

De l'autre, ils font tout ce qu'ils peuvent pour saboter les négociations de paix. En éliminant Mansour, l'homme des Pakistanais chez les talibans, les Américains envoient donc le message suivant : fini les jeux d'échec compliqués, retour au calcul binaire.

Ils envoient aussi un autre message, presque aussi clair : America is back ... L'Amérique est de retour sur le terrain. En fait, les Pakistanais ont pris pour argent comptant l'annonce du retrait américain d'ici fin 2016. Ils ont voulu pousser leur avantage.

En envoyant un drone en territoire pakistanais pour éliminer Mansour, Washington revient dans le jeu diplomatique, refuse de laisser la victoire s'installer côté taliban et veut montrer aux Pakistanais qu'il y a des limites à la duplicité.

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