Où l'on voit qu'à court terme, Donald Trump a toutes les raisons de jouer Riad contre Téhéran mais qu'à moyen terme, il se trompe lourdement.

Donald Trump a fait un choix. Entre sunnites et chiites, entre l’Arabie saoudite et l’Iran, entre les deux grandes religions de l’islam et les deux puissances qui sont leurs chefs de file, le président américain a choisi la majorité sunnite contre la minorité chiite.

Il l’a dit dimanche à Riad où le roi Salmane l’a reçu en ami et protecteur. Il l’a répété, hier, à son arrivée en Israël. Pour lui, l’Iran est l’ennemi à abattre, incarnation et organisateur du terrorisme. Donald Trump en revient ainsi à ce qui avait été la politique américaine depuis la chute du Chah et referme, par là, la parenthèse ouverte par Barack Obama qui refusait, lui, d’être partie prenante à cette guerre de religions et tablait même sur une démocratisation de l’Iran et la normalisation de ses relations avec les Etats-Unis.

Alors, question, qui a raison et ce choix de Donald Trump est-il le bon ?

La réponse est tout, sauf évidente car tout dépend du nombre d’années que l’on prend en compte, du court, du moyen ou du long terme.

Pour l’heure, le fait est que l’Iran est une force de déstabilisation dont la politique est largement responsable des chaos proche-orientaux. Sans l’appui militaire et financier de Téhéran, Bachar al-Assad aurait dû composer, dès 2011, dès les premières manifestations de masse contre son régime, avec les aspirations démocratiques de son peuple et l’on n’en serait pas à ces plus de 300 000 morts, à ces quelques 5 millions de réfugiés et de déplacés, à l’essor qu’avait pris Daesh et à la complète destruction de ce pays.

Sans le soutien iranien à l’organisation politico-militaire des chiites libanais, le Hezbollah, le Liban ne serait pas aussi fractionné qu’il l’est aujourd’hui et la frontière israélo-libanaise ne serait pas celle de tous les dangers. Sans les armes et l’argent iraniens, les milices chiites irakiennes ne seraient pas aussi puissantes et l’Irak dans un tel éclatement. Sans l’ingérence iranienne, le Yémen ne serait pas devenu un champ de bataille entre Riad et Téhéran. Si l’Iran, en un mot, ne voulait pas jouer des populations chiites pour restaurer l’influence et la domination régionales de la Perse qu’il fut, tout le Proche-Orient ne serait pas en guerre.

Pour ce qui est d’aujourd’hui, Donald Trump a, autrement dit, raison mais, outre que la volonté iranienne de défendre les minorités chiites n’est pas toujours infondée, le chiisme, ce protestantisme de l’islam, est infiniment plus moderne et intellectuellement libre que le sunnisme.

Ce n’est pas l’Iran mais l’Arabie qui exporte l’obscurantisme à coup de dollars. Voile contre voile, il vaut infiniment mieux être femme à Téhéran qu’à Riad et l’Iran, surtout, sa présidentielle vient de le rappeler, vit l’amorce d’une transition démocratique dont l’Arabie saoudite est très loin.

A moyen et long terme, l’Iran est une force de changement et de liberté quand l’Arabie saoudite reste ancrée dans un passéisme réactionnaire dont elle ne sortira pas sans violences, si toutefois elle en sort. Au Proche-Orient, le choix est entre deux réalismes – celui de l’instant et celui de l’avenir.

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