En décidant de se retirer du compromis iranien, Donald Trump a provoqué une réaction en chaîne qui pourrait finir par rapprocher l'Union européenne et la Fédération de Russie

Rien, bien sur, n’en sera changé d’un coup. Cela ne se passe jamais comme ça mais la visite qu’Emmanuel Macron effectue demain et après-demain en Russie pourrait pourtant amorcer bien des choses soudain rendues possibles par la réaction en chaîne que le monde vit aujourd’hui.

Tout a commencé le 8 mai dernier, lorsque Donald Trump annonce le retrait des Etats-Unis du compromis nucléaire signé en 2015 entre les grandes puissances et l’Iran. Aussitôt, l’Alliance atlantique se fracture car les Européens, France, Allemagne et Grande-Bretagne en tête, condamnent cette décision et se retrouvent ainsi en complet désaccord avec leur allié américain mais sur la même position que la Russie, la Chine et même l’Iran qui affirment, comme eux, ne pas vouloir sortir du compromis de 2015. 

On avait déjà vu la France en désaccord avec les Etats-Unis. La France et l’Allemagne avaient ensemble fait front contre l’aventure irakienne de Georges Bush mais une rupture entre les Etats-Unis et l’Europe au grand complet, non! Cela ne s’était jamais vu et cette rupture s’avère d’autant plus profonde que Washington entend bien, et l’a répété lundi, interdire aux entreprises européennes de continuer à commercer avec l’Iran, sous peine de sanctions. 

Voilà pour l’Alliance atlantique mais les répercussions de l’annonce de Donald Trump ne sont pas moindres au Proche-Orient puisqu’elle y a rassemblé l’Arabie saoudite et Israël aux côtés des Etats-Unis tandis que l’Iran salue, au contraire, la sécession des Européens. 

Non seulement les dirigeants iraniens laissent voir là leur crainte d’être à nouveau coupés du commerce international mais, entre les lignes, ils laissent même entendre que pour peu que l’Europe brave vraiment le blocus américain, ils pourraient accepter d’ouvrir, comme le leur demande la France, de nouvelles négociations sur leurs missiles, les crises régionales et l’avenir du compromis nucléaire à son échéance de 2025.

Palpable, il y a une inquiétude iranienne qui met aujourd’hui la Russie en position d’obtenir plus de souplesse de Téhéran sur les conditions d’un règlement de  paix en Syrie. Donald Trump a renforcé la main de Vladimir Poutine au Proche-Orient et ce n’est toujours pas tout car... 

Revenons en Europe. Les Européens, la France en l’occurrence, peuvent maintenant dire au président russe qu’il est en situation d’œuvrer avec eux à une stabilisation du Levant par des approches communes dont le succès pourrait rétablir la confiance entre l’Union européenne et la Fédération de Russie et les conduire, un jour, à envisager des accords de sécurité et de coopération comme il y en avait eu entre l’URSS et les Occidentaux. 

Rien ne se fait d’un coup mais la trentaine d’heures qu’Emmanuel Macron va passer à Saint-Pétersbourg sont à observer à la loupe.

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