Ce n'est pas l'extrême-droite mais les écologistes qui devraient être les grands gagnants du scrutin européen en Allemagne, confirmant de récents succès régionaux. Que vont faire les Verts de ce poids croissant ?

Ska Keller, figure de proue des Verts allemands, lors d'un meeting électoral, le 18 mai à Berlin
Ska Keller, figure de proue des Verts allemands, lors d'un meeting électoral, le 18 mai à Berlin © AFP / Gregor Fischer / DPA / dpa Picture-Alliance

Pendant que tout le monde a les yeux fixés sur l'extrême-droite, en Allemagne, le véritable phénomène des Européennes, c'est la montée des Verts. Pour la première fois, si l'on en croit les sondages, les écologistes pourraient devenir la deuxième force politique du pays, derrière l'alliance conservatrice CDU-CSU, dirigée par Angela Merkel.

Les Verts pourraient quasiment doubler leur pourcentage de voix par rapport au précédent scrutin européen, avec plus de 18% selon les dernières études. Mais surtout, ils devancent le Parti social-démocrate, le partenaire d'Angela Merkel dans la coalition gouvernementale.

De scrutin en scrutin, c'est donc une tendance qui se confirme. En Bavière, puis dans le Land de Hesse, ces derniers mois, les Verts confirment leur ancrage, attirant des électeurs déçus du SPD social-démocrate, mais aussi de la CDU. Comme l'Allemagne est le pays qui envoie le plus grand nombre d'élus au Parlement européen, les Verts allemands seront la force principale du groupe des écologistes, qui devrait globalement progresser.

L'Allemagne n'est pas épargnée par l'érosion des partis historiques de gouvernement, et par la crise générale de la gauche. On a cru un moment que c'était l'extrême-droite, le parti anti-migrants AFD, qui en serait le principal bénéficiaire, comme ailleurs. L'AFD connait en effet une réelle poussée dans l'ex-Allemagne de l'Est, toujours en décalage avec l'Ouest. Mais la progression des écologistes est peut-être plus spectaculaire.

Les Verts bénéficient évidemment de la place centrale que les Allemands donnent désormais à la question du changement climatique, et leur électorat urbain et jeune y est encore plus sensible. Mais ils ont aussi une image différente de celle des écologistes de France ou d'ailleurs car ils sont déjà très présents dans les exécutifs régionaux. Ils sont dans huit gouvernements régionaux sur seize, et, autre grande différence, peuvent gouverner avec la droite conservatrice ou avec les libéraux, comme avec les socio-démocrates. En Allemagne on appelle ça du pragmatisme, en France, par exemple, on friserait l'hérésie.

Cette montée des Verts aura assurément des conséquences politiques, car l'Allemagne est aujourd'hui à la fin d'un cycle : d'abord celui de la Grande coalition droite-gauche à bout de souffle. En 2017, Angela Merkel avait tenté de mettre sur pied une coalition avec les Libéraux et les Verts. Mais elle avait échoué et s'était rabattue sur le SPD.

C'est aussi la fin du cycle Angela Merkel, qui a déjà lâché la présidence de la CDU et effectue son dernier mandat. 

Ces nouveaux rapports de force auront aussi un impact au niveau européen. « Aujourd’hui, l’Allemagne, c’est la Belle au bois dormant », souligne la chercheuse allemande Claudia Major. L'Allemagne n'a pas incarné le partenaire qu'espérait le Président français Emmanuel Macron lors de son élection en 2017. Les désaccords sont apparus au grand jour récemment quand la Chancelière a parlé de « différences de mentalité » avec le Président français.

Les Verts allemands sont résolument pro-européens. Reste à savoir comment ils pourront utiliser leur poids plus important pour aider à sortir l'Allemagne, et l'Europe, de leur sommeil. 

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