Visé par des roquettes tirées d’hélicoptère, tué de sang froid et sur décision politique, le chef spirituel du Hamas, Ahmad Yassine, était tout sauf un innocent aux mains blanches. Vieux, frêle et paraplégique, il n’en prônait et justifiait pas moins les attentats kamikazes que son mouvement organise en Israël, la transformation de gamins en bombes vivantes lancées dans des autobus ou des restaurants. Pour lui, le terrorisme n’était pas seulement un moyen de résister à une occupation militaire mais également, à plus long terme, de détruire Israël qui « doit disparaître de la carte », disait-il, car « imposé par la force, je cite toujours, ce corps intrus sera enlevé par la force ». Lorsqu’on condamne l’assassinat d’Ahmad Yassine, comme le font l’Union européenne, le monde arabe et, même, à demi mots, les Etats-Unis, il ne s’agit donc pas de sanctifier un homme qui, mort, reste ce qu’il était vivant - un fanatique, sans scrupules et couvert de sang. Il ne s’agit pas de pleurer un homme qui méritait si peu son qualificatif de « cheikh », sage en arabe, mais de dire haut et fort que cette décision du gouvernement d’Ariel Sharon est politiquement criminelle puisqu’elle ne mène à rien d’autre que plus encore de deuils et de haine. Depuis quatre ans qu’Ariel Sharon va répétant qu’il rendra coup pour coup, éradiquera le terrorisme et ne négociera pas avec les Palestiniens tant que n’auront pas cessé les attentats, où sont en effet les résultats de cette politique ? Il n’y en a pas. Toujours plus sanglants, les attentats se multiplient, les tentatives encore plus, le terrorisme élargit ses rangs dans la jeunesse palestinienne car, à défaut d’ouvrir une perspective à ceux des Palestiniens, virtuellement majoritaires, qui voudraient la paix, à défaut de tendre la main aux pacifistes tandis qu’il frappe les terroristes, Ariel Sharon ne fait que réduire l’autorité politique des premiers et grandir celle des seconds. L’assassinat d’Ahmad Yassine n’inversera pas cette tendance. Elle l’accentuera au contraire en accélérant cet engrenage de la peur et du ressentiment qui conduit droit ces deux peuples au suicide collectif. Jamais les perspectives de paix n’ont été aussi éloignées que depuis quatre ans. De même que le terrorisme autodétruit les Palestiniens, jamais les Israéliens n’ont vécu dans une aussi grande insécurité que sous ce Premier ministre qui leur avait promis la sécurité et cette politique est une telle faillite pour la région - et le monde à travers elle - qu’Ariel Sharon a maintenant décidé de se retirer unilatéralement de Gaza. Il le veut vraiment. Avec la loi du talion, c’est même la deuxième raison qui l’a décidé à faire tuer Ahmad Yassine car, par crainte que ce retrait ne tourne au triomphe du Hamas, il ne veut pas y procéder avant d’avoir démantelé la principale des organisations terroristes palestiniennes. Il croit pouvoir y parvenir en faisant assassiner ses dirigeants mais ne fait ainsi que laisser la place libre à une nouvelle génération, totalement désespérée, chauffée à blanc et encore plus décidée à exacerber la violence pour unir la jeunesse arabe, les deux tiers du Proche-Orient, dans la haine d’Israël et de l’Occident. Edition du 7/9 consacrée au Proche-Orient et au contexte international. En conséquence, certaines chroniques ont été supprimées ou déplacées. 7H15 Elias Sanbar, Rédacteur en chef de la revue « Etudes palestiniennes ». Schlomo Ben Ami, Ancien Ministre israélien des Affaires étrangères. Membre du parti travailliste. 7H45 George Soros, Président de la Fondation Soros. 8H20 Leila Chahid, Déléguée générale de la Palestine en France. Nissim Zvili, Ambassadeur d’Israël en France. Radiocom

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