Et de deux ! Après s’être mis d’accord, dès dimanche, sur l’assouplissement du Pacte de stabilité monétaire entériné, hier, à Bruxelles, c’est une complète remise à plat du projet de directive sur les services, dite directive Bolkestein, que les dirigeants des pays de l’Union ont annoncé à l’ouverture de leur réunion en Conseil européen. L’objectif, le développement des échanges intra-communautaires dans le domaine des services, est maintenu. Les Vingt-cinq souhaitent toujours lever les obstacles à la réalisation du marché unique dans le secteur le plus important et le plus porteur de l’économie européenne mais la méthode qu’avait retenue la Commission a été rejetée par le Conseil. Les dirigeants européens n’ont pas voulu d’une application sans contrôle du Principe du pays d’origine, de la seule prise en compte des lois et règlements du pays de l’entreprise prestataire, car ils ont craint qu’on n’arrive ainsi à un nivellement par le bas et non pas par le haut des normes européennes. Les Vingt-cinq ont dit non au dumping social, fiscal, réglementaire et juridique mais pourquoi ce revirement, car c’en est un ? La première raison est conjoncturelle. Ceux des gouvernements qui étaient favorables à cette méthode car ils sont de majorité libérale ont mis leur drapeau dans leur poche parce qu’ils ont compris qu’ils n’aboutiraient, en s’obstinant, qu’à un rejet français du projet de Constitution, autrement dit à une crise majeure. La montée du « non » en France a lourdement pesé dans la balance mais la seconde raison de ce revirement est encore plus riche d’enseignement. Il n’y a pas qu’en France que ce projet de directive était contesté. Plus il était étudié, dans tous les pays de l’Union, par toutes les forces sociales et politiques, plus ses dangers étaient dénoncés, à gauche, au centre, dans la droite sociale, dans les syndicats ouvriers et parfois même patronaux. En Suède notamment, pays pivot de l’Union car à la fois proche des pays de culture anglo-saxonne et des gauches latines, ce projet se heurtait à une opposition au moins aussi forte qu’en France et bien plus ancienne puisqu’elle remonte au printemps 2004. Le week-end dernier les syndicats européens avaient fait défiler plus de cinquante mille personnes venues, de tous les pays de l’Union, manifester à Bruxelles contre ce texte. Le Luxembourg, qui assure ce semestre la présidence de l’Union, n’en voulait pas en l’état. Les principaux groupes du Parlement européen refusaient, enfin, ce projet qui n’avait donc plus de chance d’être adopté et la mobilisation conjointe de la France et de l’Allemagne, des deux poids lourds de l’Union, a fait le reste. La première leçon à tirer de ce moment politique est une confirmation. Il n’y a pas de majorité libérale dans l’Union dont la culture dominante reste sociale-démocrate à gauche et démocrate-chrétienne à droite. La deuxième est que plus l’Europe décide ensemble dans des domaines affectant la vie quotidienne de ses citoyens plus s’affirme la démocratie européenne, pourtant encore tellement insuffisante. La troisième est que la FrancAllemagne est incontournable dans l’Union et la quatrième est que ce sont les batailles politiques qui décident et décideront de plus en plus des politiques de l’Union.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.