C’est sans doute la fin d’un conflit de plus d’un siècle. ETA, l’organisation indépendantiste basque qui a proclamé, hier, un « cessez-le-feu permanent » après 38 années de violences terroristes qui ont fait plus de 800 morts et d’innombrables blessés est en effet un sanglant avatar d’un nationalisme né de la révolution industrielle. A l’époque, fin XIX°, les mines, les chantiers navals et la sidérurgie qui s’étaient développés au Pays basque espagnol attirent dans cette région extrêmement conservatrice un grand nombre d’ouvriers hispanophones et socialistes venus du reste de l’Espagne. Leur arrivée est vécue comme un viol, politique, culturel et linguistique, comme une nouvelle forme de conquête espagnole qui, bientôt, suscite l’affirmation d’une nation basque aspirant au statut d’Etat-nation. A ses débuts très à droite, ce nationalisme se rangera, durant la guerre civile, aux côtés de la République parce qu’elle avait accordé son autonomie au Pays basque et, lorsque cette autonome est supprimée par le régime franquiste, les régions basques deviennent l’un des bastions les plus actifs de la lutte antifasciste qui s’y confond avec une lutte nationale. C’est dans ce contexte que se développe, dans les années 60, une organisation regroupant les plus jeunes et les plus radicaux des militants nationalistes, Euskadi ta Askatasuna, Pays basque et liberté, ETA, qui ajoutera au nationalisme et à l’antifascisme le marxisme-léninisme et les mythes révolutionnaires du gauchisme d’alors. Rien ne prédisposait, donc, ETA à la modération et quand la mort de Franco permet, enfin, la renaissance démocratique de l’Espagne, ses membres refusent de se contenter de l’autonomie rendue au Pays basque. Grâce à l’appui de réseaux de soutien bénéficiant du rétablissement des libertés politiques, c’est sous la démocratie que cette organisation fera le plus de victimes mais la démocratie sera pourtant fatale à ETA. Lentement mais continûment, les Basques se détournent de la violence. Les élections donnent une très nette majorité aux partis de l’aile modérée du nationalisme et l’assassinat, en 1997, d’un jeune conseiller municipal va isoler politiquement l’organisation avant que la coopération policière franco-espagnole ne la brise et que les attentats islamistes de Madrid, en mars 2004, ne privent définitivement le terrorisme de toute aura. Un siècle s’achève, un autre s’ouvre et quand les socialistes arrivent au pouvoir ils sont assez sûrs de la déconfiture d’ETA pour que José Luis Zapatero puisse faire de la fin de la violence basque l’une de ses priorités. En mai dernier, le Parlement l’autorise à établir un dialogue avec ETA aussitôt que l’organisation déposerait les armes et, hier, la réponse est venue, par la voix de trois porte-parole masqués : « cessez-le-feu permanent ». Le communiqué ne pose aucune autre condition que l’ouverture d’un « processus démocratique » à l’issue duquel « les citoyens basques doivent avoir le pouvoir de décision sur leur avenir ». Tout reste, maintenant, à négocier. Ce sera long, difficile. Il y aura des retours en arrière.Mais ETA n’est déjà plus de ce siècle.

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