La face du monde n’en sera pas changée mais l’affaire est intéressante. Réunis au sommet, les 3 et 4 avril prochains, les 26 pays membres de l’Otan n’auront pas seulement à entériner le retour de la France dans le commandement intégré de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord. Ils devront également désigner le futur secrétaire général de cette organisation car l’actuel titulaire du poste, le néerlandais Jaap de Hoop Scheffer, quitte ses fonctions au début de l’été. Traditionnellement, c’est à un Européen que revient ce poste dans la mesure où les Américains détiennent, eux, toutes les vraies responsabilités militaires au sein de l’Otan. Après de longues consultations entre les deux rives de l’Atlantique, un nom est sorti du chapeau, celui du Premier ministre danois, Anders Fogh Rasmussen, à ne pas confondre avec ses deux homonymes et compatriotes, Michaël, le coureur cycliste, et Poul Nyrup, le président du Parti socialiste européen. Soutenue par Washington, Londres, Paris et Berlin, la désignation d’Anders Fogh Rasmussen n’aurait pas du faire l’ombre d’un problème sauf… Sauf que le secrétaire général de l’Otan se désigne par consensus des pays membres et que la Turquie, membre de l’organisation depuis 1951, a fait savoir par tous les canaux possibles qu’elle ne voulait pas de cette candidature. Ce n’est pas officiellement dit mais la Turquie en veut à Anders Fogh Rasmussen, premièrement, d’être le Premier ministre d’un pays qui a autorisé une chaîne de télévision kurde très militante à émettre à partir de son territoire ; deuxièmement, d’avoir déclaré que la Turquie ne serait jamais membre à part entière de l’Union européenne et, enfin, d’avoir été aux affaires en 2006, lorsqu’un journal danois avait publié les caricatures du Prophète avec un turban en forme de bombe et déclanché, par là, la vague d’indignation que l’on sait dans le monde musulman. La Turque ne veut ni donner sa voix à un dirigeant européen qui ne veut pas d’elle dans l’Union ni, surtout que le secrétaire général d’une organisation dont elle est membre et qui conduit, en ce moment même, une opération militaire en Afghanistan et dans les régions frontalières du Pakistan puisse être dénoncé dans le monde musulman comme complice d’une injure au Prophète. La Turquie veut à la fois défendre ses intérêts et ne pas s’attirer de problèmes dans les pays islamiques mais pourra-t-elle tenir cette position jusqu’au bout ? D’un côté, les Occidentaux ont besoin d’elle car elle est un incontournable intermédiaire avec l’Iran, avec le Hamas, entre les Syriens et les Israéliens et entre les Israéliens et les Palestiniens. L’Otan ne peut pas faire de mauvaise manière à la Turquie mais, d’un autre côté, la Turquie ne peut pas bloquer un consensus atlantique sans paraître prendre l’Otan en otage et risquer, ainsi, de compromettre un peu plus son adhésion à l’Union européenne. Le plus probable est qu’elle finira par céder mais, dans cette affaire, ce sont tous les enjeux et rapports de force du moment qui se lisent.

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