L’Allemagne est seule, mais ferme sur ses positions. « Il ne s’agit pas de discuter d’une aide d’urgence à la Grèce » lors du Conseil européen de jeudi et vendredi, a déclaré hier Angela Merkel alors que la Commission européenne et pratiquement tous les autres pays de l’Union pensent, et disent, le contraire. Pour José Manuel Barroso, « nous avons besoin d’une décision pour savoir comment gérer la Grèce sinon la grande incertitude actuelle risque de perdurer longtemps ». « Nous ne pouvons pas, ne devons pas abandonner nos amis grecs », a renchéri Bernard Kouchner en reconnaissant qu’il n’y avait pas, sur ce point, « d’accord complet avec nos amis allemands ». Même son de cloche à Madrid, à Rome, à Vienne et Jean-Claude Trichet, lui-même, le président de la Banque centrale européenne a abondé dans ce sens en déclarant, en français, en anglais et en allemand, que les Etats de la zone euro y étaient entrés pour « partager un destin de commun ». L’Allemagne n’en veut pas, pas tout de suite et pas formellement au moins, mais le reste de l’Union souhaite que les 27 chefs d’Etat et de gouvernement entérinent, dans trois jours, à Bruxelles, le dispositif de soutien à la Grèce sur lequel les ministres des Finances de la zone euro s’étaient mis d’accord la semaine dernière. Il s’agirait de prêts bilatéraux d’un montant global de 22 milliards, non pas consentis par l’Union en tant que telle mais par les pays de la monnaie unique et accordés à des taux inférieurs à ceux auxquels la Grèce doit actuellement emprunter. Il ne s’agirait pas, autrement dit, d’un don mais d’un prêt, avec intérêts, permettant à la Grèce de passer cette mauvaise passe sans devoir céder aux conditions exorbitantes que lui imposent les marchés. Ce serait l’expression d’une solidarité européenne, d’un front commun contre l’assaut lancé sur un pays membre, mais l’Allemagne s’y oppose, au risque non seulement d’affaiblir encore la Grèce mais également de s’isoler et de faire monter la tension dans l’Union. La première raison de son refus est qu’Angela Merkel doit compter, à la fois, avec son opinion et les libéraux de sa coalition. Soumis, il y a dix ans, sous Gerhard Schröder, à une cure d’austérité qui leur a permis de relancer leurs exportations, les Allemands ne veulent pas entendre parler, aujourd’hui, d’aider des pays, fussent-ils européens, qui n’ont pas fait les mêmes sacrifices qu’eux. Un tiers des Allemands vont jusqu’à estimer que la Grèce devrait sortir de l’euro. A l’approche d’importantes élections régionales, l’affaire est délicate pour la chancelière, d’autant plus explosive que ses alliés libéraux flattent l’opinion allemande en se montrant intraitables mais, bien au-delà de cela, l’Allemagne a peur d’un engrenage. Elle craint qu’il ne faille soutenir, après la Grèce, d’autres pays européens et que, de fil en aiguille, le fondement même de la monnaie unique l’idée que chacun de ses pays était responsable de sa bonne santé financière ne soit mis en question. L’Allemagne n’a pas tort. C’est toute l’architecture de la zone euro qui est à revoir et ce n’est pas seulement à Berlin que cela donne le vertige.

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