La question était de savoir comment concilier trois points de vue inconciliables. Le premier était celui des Américains qui ne souhaitaient ni prendre le commandement de l’opération libyenne parce qu’ils ne voulaient pas en assumer le coût et que leurs forces sont déjà engagées en Irak et en Afghanistan ni laisser les Européens la piloter en coordination avec des pays arabes car ils ne tiennent pas à ce que l’Europe s’érige en puissance politique autonome. Les Etats-Unis entendaient donc que ce soit l’Otan qui prenne les commandes afin de pouvoir se mettre en retrait tout en gardant un œil sur cette intervention grâce au poids déterminant qu’ils ont dans l’Alliance atlantique dont l’Otan est le bras armé. La France, à l’inverse, refusait que l’opération libyenne soit placée sous le commandement d’une organisation qui est partout identifiée aux Etats-Unis parce que les pays arabes ne l’auraient pas voulu et que, sans leur soutien, la défense des insurgés libyens pourrait vite être perçue comme une intervention occidentale et non plus onusienne, voire rappeler l’aventure irakienne. Beaucoup des pays européens enfin, notamment la Grande-Bretagne, étaient également partisans du passage sous commandement de l’Otan car ils craignaient qu’en conduisant seule l’opération libyenne, l’Europe ne s’éloigne des Etats-Unis en se découvrant capable de mener une action militaire par elle-même. Tout se mêlait soudain dans ce débat, le besoin qu’ont les Etats-Unis de ne plus se projeter aux quatre coins du monde, l’évolution de la relation euraméricaine à l’heure de la montée de l’Asie et les idées divergentes – Europe puissance ou Europe marché – que les Européens se font de leur Union. C’était insoluble mais, comme il fallait choisir entre un compromis et l’arrêt de cette opération, un compromis a été trouvé. La conduite politique des opérations reviendra aux ministres des Affaires étrangères des pays engagés, y compris, donc, les deux et, bientôt, trois pays arabes tandis que l’organisation et la planification reviendra à l’Otan. En pratique, l’Otan est aux commandes opérationnelles mais elle ne l’est qu’en « soutien » et sous l’autorité de la coalition qui s’est formée pour appliquer la résolution du Conseil de sécurité. Ce n’est pas d’une clarté absolue mais tout le monde est plus ou moins satisfait et le colonel Kadhafi ne pourra pas profiter de la désunion qui menaçait pour reprendre la main. C’est l’essentiel et, pendant ce temps-là, le printemps arabe, bien loin de reculer, se développe. Il a maintenant gagné la Syrie où, pour la cinquième journée consécutive, de nouvelles manifestations ont agité hier le sud du pays. Si la contestation syrienne s’étendait, la répression serait sans doute violente mais c’est un régime allié de l’Iran qui serait ébranlé et les répercussions en seraient immédiates pour les deux mouvements qu’il soutient, le Hamas palestinien et le Hezbollah libanais. Quant au président yéménite, lâché par la moitié de son armée et un nombre toujours croissant de hauts fonctionnaires, il est maintenant dos au mur.

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