En un mot comme en cent, ça ne va pas s’arrêter de sitôt. Ce terrorisme qui frappait hier Bruxelles après avoir frappé la France et tant d’autres pays ne durera bien sûr pas éternellement. Les coups que la mobilisation policière lui portera et l’horreur toujours plus grande qu’il inspirera finiront par avoir raison de lui.

Ce fut vrai de la bande à Baader en Allemagne, des Brigades rouges en Italie comme du FIS en Algérie mais, outre que ces batailles furent longues - dix ans pour l’Algérie - cette nouvelle vague d’attentats terroristes va d’autant plus durer qu’elle n’est pas idéologique, ou bien peu.

Même religieuse, une idéologie, ça va, ça vient et s’use au mur des réalités alors que Daesh, l’Etat islamique en Irak et au Levant, l’organisation qui commandite ces tueries, est le fruit d’un projet politique né de l’éclatement du Proche-Orient.

Daesh, c’est l’improbable fusion de deux forces sunnites totalement étrangères l’une à l’autre. Il y a, d’un côté, les plus illuminés des islamistes syriens, des sunnites, que Bachar al-Assad avait fait libérer en 2011, six mois après les premières manifestations contre son régime, afin de faire pièce à une opposition encore largement dominée par des laïcs et des démocrates. Le régime syrien a ensuite si bien concentré ses frappes sur l’opposition et ménagé ces djihadistes qu’ils sont devenus une force sur laquelle ce régime comptait pour pouvoir dire au monde : « C’est eux, ou moi » et les liquider ensuite.

Cyniquement parlant, le calcul se tenait mais ces fanatiques se sont vite trouvés des alliés de poids en la personne d’anciens officiers irakiens chassés de l’armée, car sunnites, par la majorité chiite à laquelle l’intervention américaine avait donné le pouvoir à Bagdad. Ces officiers se fichent complètement de la religion mais, entre les barbus syriens et les militaires irakiens, l’alliance s’est scellée autour d’un projet historique, celui de créer un Etat sunnite à cheval sur l’Irak et la Syrie.

C’est ainsi que Daesh avait un temps trouvé, contre l’Iran chiite, des appuis dans les pays sunnites. Daesh est l’un des éléments de la recomposition en cours au Proche-Orient et les attentats que ses dirigeants commanditent en recrutant des crétins auxquels ils offrent une raison d’être ont un but, aussi clair que rationnel. Ces attentats sont un message : « Arrêtez de nous combattre ! Arrêtez de vous liguer contre nous et laissez nous bâtir notre Etat ».

C’est un chantage et il ne faut surtout pas y céder car ces gens en sont maintenant à rêver de bousculer toutes les frontières pour créer un califat sunnite s’étendant jusqu’à l’Afrique.

Ces gens sont un danger pour la terre entière. Il faut les combattre et continuer à les réduire mais il faut aussi savoir que, tant que le conflit syrien n’aura pas été résolu et qu’un nouvel équilibre n’aura pas été trouvé entre les diverses puissances et communautés du Proche-Orient, il sera long et difficile d’éradiquer Daesh et, oui, de faire cesser ces attentats.

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