Comment les soixante-huitards français ont préfiguré les révolutions de 1989 et de 2011

Il n’y eut pas que les deux grands. L’écrasement du Printemps de Prague et les manifestations étudiantes de mars 68 en Pologne ont creusé la tombe du soviétisme alors qu’aux Etats-Unis les années 60, les sixties, ont tout à la fois jeté les bases de la révolution sexuelle et imposé la prévalence d’une culture de gauche que Donald Trump est le premier, en cinquante ans, à remettre en question. 

Les sixties ont totalement remodelé les deux superpuissances de la Guerre froide mais leurs retombées ne s’arrêtent pas là. 

En Amérique latine, elles ont ouvert la voie aux guérillas d’inspiration guévariste car les jeunesses du sous-continent se détournaient du conservatisme soviétique sans rien renier de leur ressentiment contre les Etats-Unis. 

En Allemagne, en Italie et au Japon, tout un pan de la jeunesse contestataire a basculé dans le terrorisme car, dans ces anciens pays de l’Axe, les baby-boomers avaient des comptes à régler avec leurs parents. 

A l’inverse, le 68 français n’a accouché d’aucune violence ou presque parce que l’ampleur de la grève générale interdisait une répression trop brutale du mouvement étudiant et qu’il y avait surtout, non-dits mais si présents, les souvenirs de la France Libre et de la Résistance pour empêcher une totale rupture entre les soixante-huitards et le pouvoir gaulliste. 

C’est ainsi que la France s’est donnée une majorité de gauche au début des années 80 alors que le reste du monde occidental basculait à droite. C’est ainsi que la France ne s’est pas inscrite dans la vague libérale de Mme Thatcher et c’est également ainsi que la France de Mai-68 a réinventé la révolution. 

Normalement, une révolution se définit par la violence, les morts, les destructions et la contre-révolution qui s’ensuit. A cette aune, grève générale ou pas, le Mai français n’est en effet qu’un monôme sauf… 

Sauf qu’en dépassant, durant deux mois, les bâtiments officiels sans jamais leur jeter un regard et moins encore les prendre d’assaut, les soixante-huitards ont inventé les révolutions de velours, celles qui enterrent le monde ancien d’un abyssal mépris.  

C'est ainsi que, lors du premier voyage de Jean-Paul II dans sa patrie, en 1979, la Pologne qui suit sa route n’a pas un regard pour les bâtiments du régime communisme. C’était comme si le communisme n’était déjà plus et lorsqu’il s’écroule pour de bon, dix ans plus tard, on parle pour la première fois de révolutions de velours tant elles sont non-violentes. 

Vingt-deux années passent et que font les révolutions arabes de 2011 ? Eh bien elles réinventent à leur tour Mai-68 et les révolutions de 1989 par leur non-violence, leur jeunesse et leur insouciance auxquelles Bachar al-Assad mettra terme dans ce qui est, sans doute, l’enterrement des années 60. 

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