Les difficultés viendront. Elles ne seront pas minces. On n’en est pas à la reprise du dialogue et, bien moins encore, à de vraies perspectives de règlement mais le fait est que, moins de deux semaines après la mort de Yasser Arafat, les choses ne cessent plus de bouger entre Israéliens et Palestiniens. C’est à l’unanimité, d’abord, que le Fatah, le principal mouvement de l’Organisation de libération de la Palestine, a fait, hier, de Mahmoud Abbas son candidat à l’élection présidentielle du 9 janvier. Crée par Yasser Arafat, le Fatah a fait ainsi bloc derrière un homme qui condamne la « militarisation » de l’Intifada, qui dit et écrit que la violence est une impasse pour son peuple et avait démissionné de son poste de Premier ministre parce qu’il reprochait au défunt Président de ne pas le laisser reprendre en mains l’appareil sécuritaire palestinien. En se ralliant à un tel homme, le Fatah opère un virage à 180 degrés, rompt, en fait, avec l’Intifada et, parallèlement, l’évolution d’Ariel Sharon est tout aussi spectaculaire, voire plus encore. Son credo depuis quatre ans, l’autre cause du complet blocage dans lequel se trouvait ce conflit, était que rien ne serait possible, aucune ouverture, aucun dialogue, pas le moindre pas vers la paix, tant que la violence n’aurait pas totalement cessé. Cette position était la définition même d’Ariel Sharon mais elle a changé. « Nous ne devons pas renoncer à nos exigences sur la collecte des armes et le démantèlement des organisations terroristes, a-t-il déclaré jeudi, mais il est évident, a-t-il aussitôt ajouté, dans la même phrase, que les choses sont plus compliquées ». Depuis jeudi, Ariel Sharon a revu ses exigences à la baisse et le seul « test » de bonne volonté sur lequel il veuille maintenant juger la nouvelle direction palestinienne est la fin de « l’incitation à la haine » dans les media et le système éducatif. C’est plus vague, plus subjectif, affaire d’appréciation. C’est, en un mot, un simple habillage d’une complète rupture avec les conditions qu’il posait auparavant et, sur cette lancée, Ariel Sharon s’est prononcé hier, dans un communiqué écrit, pour la participation des Palestiniens de Jérusalem Est à l’élection du 9 janvier. C’est un signal car le Premier ministre israélien ne fait pas là que satisfaire à une demande des nouveaux dirigeants palestiniens. Symboliquement, implicitement mais clairement, il reconnaît que, le jour où des négociations s’ouvriront, la question de Jérusalem sera sur la table et que tout accord de paix devra passer par ce partage de la ville qu’il a toujours refusé. Fondamental, ce revirement fait suite à l’escale en Israël, sur la route de la conférence irakienne de Charm el-Cheikh, du secrétaire d’Etat américain démissionnaire, Colin Powell. Les Etats-Unis - c’est le troisième changement notable dans cette crise - veulent, comme l’Europe, que rien ne fasse obstacle à la présidentielle palestinienne, condition sine qua non d’une reprise du dialogue israélo-palestinien, d’un retrait concerté d’Israël de la Bande de Gaza puis, peut-être, cela devient envisageable, de négociations.

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