Le 2 novembre dernier, le Washington Post révélait que l’Agence centrale de renseignement américaine, la CIA, avait crée, aux termes d’un décret cadre signé par Georges Bush, des prisons secrètes dans huit pays étrangers. Le quotidien affirmait qu’on torturait dans ces « sites noirs » et que certains d’entre eux avaient été implantés dans des pays d’Europe de l’Est, nouveaux ou futurs membres de l’Union. A la demande expresse des autorités américaines qui invoquaient des dangers d’attentats, le quotidien n’avait pas publié les noms de ces pays européens mais, dès le lendemain, Human Rights Watch, l’organisation de défense des droits de l’Homme basée à New York, citait la Pologne et la Roumanie. La Maison-Blanche n’a ni confirmé ni démenti les informations du Post. Elle n’a, autrement dit, rien trouvé à y redire. La Pologne et la Roumanie ont déclaré n’être en rien concernées par cette affaire mais, tandis que ces révélations nourrissent la mobilisation du Congrès américain contre l’usage de la torture par les forces de sécurité des Etats-Unis, elles suscitent un émoi grandissant en Europe. Malgré l’extrême embarras de ses capitales, l’Union ne peut en effet pas admettre sans réagir que certains de ses membres soient mêlés à des pratiques qui violent tous les principes de l’Etat de droit sur lequel elle est fondée. A la demande de plusieurs des ministres des Affaires étrangères des pays membres, la Grande-Bretagne, actuellement en charge de la présidence européenne, a donc décidé, hier, de demander des éclaircissements aux Etats-Unis. La lettre n’est pas encore partie, la réponse encore moins arrivée, mais Washington est ainsi bel et bien interpellé par Bruxelles alors même que le Parlement européen s’était lui saisi de cette affaire dès lundi dernier en auditionnant un membre de la Commission. Les choses ne pourront maintenant plus en rester là. Des questions vont être posées. Les explications qu’elles appellent susciteront de nouvelles questions en Europe comme aux Etats-Unis et, parallèlement, c’est dans une véritable enquête que s’est lancé le Conseil de l’Europe, l’organisation de la grande Europe qui réunit, elle, 46 pays du continent, et dont la raison d’être est la défense de la démocratie et de la Convention européenne des droits de l’Homme. Il y a déjà deux semaines que l’Assemblée parlementaire de cette organisation a chargé le président de sa commission des affaires juridiques, le Suisse Dick Marty, de lui faire un rapport sur les révélations du Post. Présentées hier, ses premières conclusions indiquent que « des indices laissent croire que des moyens non conformes aux exigences du Conseil de l’Europe auraient été appliqués dans la lutte contre le terrorisme ». Dick Marty a donc demandé à Eurocontrol, l’organisation européenne pour la sécurité de la navigation aérienne, des informations sur 31 vols suspects qui auraient pu servir au transfert de détenus d’un « site noir » à l’autre. Il a également demandé au centre satellitaire de l’Union des clichés d’aéroports en Pologne et en Roumanie.

L'équipe

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.