Il n’y a pas qu’en Europe que le voile islamique suscite débats et polémiques. Très discuté dans tous les pays musulmans, il divise aujourd’hui l’Egypte dont le ministre de la culture, Farouk Hosni, vient de provoquer une crise politique en déplorant que la généralisation de son port marque « une régression ». C’est la semaine dernière que démarre cette affaire. « Nous avons connu une époque où nos mères fréquentaient les universités et les lieux de travail sans être voilées. C’est dans cet esprit que nous avons grandi », déclare alors ce ministre au quotidien al-Masri al-Yom avant d’ajouter que « les femmes, avec leurs belles chevelures, ressemblent bien à des fleurs », qu’il ne faut donc pas « les cacher » et que la religion « s’attache désormais trop aux apparences alors que la relation de foi entre le croyant et son Seigneur ne tient pas aux vêtements ». Plus grave encore, Farouk Hosni s’attaque aussi aux dignitaires religieux en estimant que leurs fatwas, leurs avis et interprétations des textes, ne « valent maintenant rien » et, aussitôt, le scandale gronde. Dès dimanche, près d’une centaine de députés, appartenant aux Frères musulmans comme au parti au pouvoir, exigent un débat parlementaire. Youssef Qaradawi, le télé-prédicateur vedette d’al-Jazira, la chaîne panarabe, accuse parallèlement le ministre de « vouloir aveuglément imiter la civilisation occidentale qui se vautre dans les plaisirs bestiaux, cautionne la nudité et les mariages gays ». En Arabie saoudite, le grand mufti dénonce cette déclaration comme « une calamité qui frappe les terres d’Islam et contredit les enseignements du Coran. « Démission ! Démission ! », entend de tous côtés et, lundi, tandis que 130 élus sur 454 signent une pétition demandant le départ de Farouk Hosni et que deux d’entre eux insinuent publiquement qu’il serait homosexuel, le Parlement crée une commission pour l’entendre, autrement dit le mettre en accusation. C’est un lynchage politique qui s’organise mais, après que le ministre a refusé de se présenter devant cette commission et annoncé qu’il ne sortirait plus de chez lui tant que son « honneur n’aurait pas été lavé par l’Assemblée », après qu’il a fait front, quelques 500 intellectuels viennent de signer une contre pétition en sa faveur. Du cinéaste Youssef Chahine au romancier Alaa al-Aswani, l’auteur de « L’immeuble Yacoubian », tous les plus grands noms de l’intelligentsia égyptienne se sont associés à ce texte qui dénonce le « terrorisme culturel des islamistes » et la collusion entre le « fondamentalisme » et la « corruption », autrement dit le parti au pouvoir. Suivie dans tout le monde arabe, cette polémique est d’une ampleur sans précédant. Jamais les deux Islam n’auront été aussi ouvertement face-à-face, celui qui voudrait retrouver force et identité dans le fondamentalisme et celui qui voit son avenir dans une relecture des textes et la liberté d’y procéder. Pour l’Europe et le monde aussi, ce débat est essentiel.

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