Sauf coup de théâtre, le Liban entrera à minuit, ce soir, dans un vide institutionnel. Malgré les bons offices des trois ministres européens des Affaires étrangères, espagnol, français et italien, présents à Beyrouth, les différentes communautés et forces politiques libanaises, pro et anti-syriens, n’ont pas su se mettre d’accord sur le nom d’un successeur au président sortant, Emile Lahoud. Avec un gouvernement dont les chiites se sont déjà retirés depuis longtemps, tout devient incertain dans ce pays, mais nullement incompréhensible pour peu qu’on observe ce qui se passe, en ce moment même, à Damas, capitale de son puisant voisin. Là-bas, tout vient de se renverser en une poignée de jours. Ostracisée par la quasi-totalité du monde à l’exception de l’Iran, depuis l’assassinat, en 2005, de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri, la Syrie est aujourd’hui courtisée comme le plus beau parti du Proche-Orient. Cet Etat paria auquel on n’adressait plus la parole, chacun voudrait en effet le voir venir à Annapolis où se tiendra, mardi, la réunion internationale de lancement des nouveaux pourparlers de paix israélo-palestiniens. Sa venue serait d’importance car si les Syriens étaient représentés, même à petit niveau, cela signifierait que Damas s’éloigne des islamistes palestiniens du Hamas dont elle est, avec l’Iran, le principal soutien. Cet isolement du Hamas faciliterait les négociations. Une présence syrienne à Annapolis enverrait le signal, dans tout le monde arabe, que ce processus de paix est assez crédible pour que Damas ne veuille pas s’en tenir à l’écart et se risque, pour cela, à affaiblir ses relations non seulement avec les islamistes palestiniens dont elle abrite les principaux dirigeants mais aussi avec l’Iran et le Hezbollah libanais, l’organisation chiite qui est son principal relais à Beyrouth. Si la Syrie vient, elle passe, de fait, du camp radical au camp modéré. Ce serait une perte sèche pour l’Iran et l’enjeu est donc assez grand pour que les Américains aient tout fait pour l’attirer à Annapolis. Elle voulait être invitée en en tant que telle et non pas seulement comme membre du Comité de suivi de la Ligue arabe ? C’est fait. Elle voulait pouvoir aborder, alors que ce n’était pas prévu, la question du Golan, annexé par Israël en 1981 ? Elle le pourra : « On ne lui coupera pas le micro », vient-on de déclarer à Washington. Elle voulait se faire prier ? Les Israéliens ont dit souhaiter sa présence. Le souverain jordanien s’est rendu en personne à Damas et Bachar el-Assad, son Président, a reçu des appels de Paris, Moscou, Rome et bien d’autres encore. La Syrie fait attendre sa réponse qui ne devrait être connue que cet après-midi, à l’issue d’une réunion de la Ligue arabe en Egypte. Elle pèse et soupèse les avantages et inconvénients d’une participation, veut en tirer le plus de profits possibles – non seulement une perspective de récupération du Golan mais un rétablissement, aussi, de son influence au Liban. Ce n’est, autrement dit, pas déjà le moment pour elle de faciliter une stabilisation à Beyrouth. Elle a le temps. Elle engrange. Le Liban attendra.

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