D’un côté, mais d’un côté seulement, le ton monte à Téhéran. Comme si la République islamique s’attendait à une attaque aérienne sur ses sites nucléaires, elle a entamé, hier, cinq jours de « grandes manœuvres » militaires accompagnées de menaces à l’égard d’Israël. « Les F-15 et les F-16 – ceux de l’aviation israélienne en clair – seront piégés par notre défense et annihilés », a déclaré le commandant des forces aériennes des Gardiens de la Révolution avant d’ajouter : « Et s’ils s’échappent, ce sont les bases d’où ils ont décollé qui seront frappées par nos missiles sol-sol avant qu’ils n’aient pu atterrir ». Le représentant du Guide suprême auprès de ces mêmes Gardiens de la Révolution, le bras armé du régime, a annoncé, pour sa part, que « si les ennemis attaquent l’Iran, nos missiles frapperont le cœur de Tel Aviv », mais est-on vraiment à la veille d’une telle confrontation ? En fait, non. Les Gardiens de la Révolution, les plus durs des plus durs, veulent envoyer le signal que la République islamique serait décidée à ne rien céder et prête à un bras de fer avec les grandes puissances ou Israël mais c’est bien plutôt une totale confusion que laissent voir les responsables iraniens. Après des semaines d’atermoiements, leur ministre des Affaires étrangères avait semblé enterrer, mercredi, le projet de compromis auquel son pays avait pourtant souscrit, début octobre, à Genève. C’était « non », non à l’idée que l’Iran puisse confier la majeure partie de son stock d’uranium à la Russie puis à la France pour l’enrichir à un niveau interdisant un éventuel usage militaire. C’est ce qu’on appelle une « mesure de confiance », qui était envisagée, une étape permettant d’ouvrir des discussions sur un compromis global entre l’Iran et les Etats-Unis au premier chef. Un espoir était né à Genève que cette déclaration était venue tuer mais hier, au moment même où commençaient ces manœuvres, le représentant iranien auprès de l’Agence pour l’énergie atomique faisait machine arrière en expliquant que Téhéran était toujours disposé à manifester une « approche positive » mais qu’il lui fallait des « garanties » sur les délais de restitution de son uranium après traitement par la Russie et la France. La musique n’était plus la même et le secrétaire adjoint du Conseil de sécurité iranien a enfoncé le clou en déclarant que l’Iran avait une « approche stratégique » dans ses discussions avec les grandes puissances, qu’elles relevaient, autrement dit d’un choix de fond, et qu’elles « servaient les intérêts de toutes les parties ». Après son « non », l’Iran est repassé au « oui, si… » car ses dirigeants se déchirent sur les avantages et inconvénients, en termes intérieurs, d’un compromis sur le nucléaire. A rien de bon pour ce régime. Le paradoxe est que l’Iran, à force de souffler le chaud et le froid, est en train de resserrer les rangs des grandes puissances en rapprochant la Russie des Occidentaux. A ce rythme, l’unanimité se dégagera bientôt au Conseil de sécurité en faveur de nouvelles sanctions qui, pour le coup, mettraient les dirigeants iraniens dans de vraies difficultés.

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