C’est le temps des grandes manœuvres. Nicolas Sarkozy annonçait, hier, qu’il allait « prochainement » proposer, avec Angela Merkel, de modifier les traités européens afin d’organiser « une convergence des politiques économiques, budgétaires et fiscales » des pays de la zone euro.

Ce même mardi, le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, disait s’attendre à ce que le sommet européen du 9 décembre débouche sur des décisions institutionnelles et ajoutait que le remise en ordre de la zone euro pourrait alors aller « vite ». Mme Merkel ne laisse plus, elle, passer une journée sans parler de la nécessité d’une modification des traités et c’est dans ce contexte qu’elle retrouve demain, à Strasbourg, Nicolas Sarkozy et le nouveau Premier ministre italien, Mario Monti, pour d’importants entretiens.

Tout laisse ainsi penser qu’une difficile et incertaine négociation progresse entre, d’un coté, la France qui voudrait, comme les Etats-Unis et de nombreux autres pays de l’Union, que la Banque centrale européenne puisse racheter les dettes souveraines des pays en difficultés pour les mettre à l’abri de l’envolée des taux d’emprunt et, de l’autre, l’Allemagne qui ne veut pas en entendre parler, pas avant en tout cas que les traités n’aient été modifiés.

Derrière ce « non » de l’Allemagne à un élargissement du rôle de la Banque centrale, derrière cette intransigeance qui tient à sa hantise de voir la BCE relancer l’inflation en faisant marcher la planche à billets, se cache de moins en moins une volonté de la chancelière d’échanger, au pied du mur, un assouplissement de sa position contre l’instauration d’un contrôle des budgets nationaux qui seraient alors placés sous surveillance européenne commune.

Avant de parer l’incendie, la chancelière veut s’assurer qu’il ne puisse plus se reproduire. Elle veut bâtir, là, maintenant, une nouvelle Europe en poussant à une intégration économique et politique autrement plus profonde qu’aujourd’hui et dont les idées directrices se lisent dans la résolution adoptée, il y a huit jours, par le congrès de son parti, la CDU, la démocratie-chrétienne allemande.

Dans le domaine économique, la CDU voudrait, à la fois, instaurer des sanctions économiques automatiques contre les pays ne respectant pas le Pacte de stabilité, donner à la Cour de Justice européenne un rôle de garant du respect de ce Pacte, prévoir une procédure de soutien aux pays en difficulté, créer un Fonds monétaire européen qui aurait les moyens d’une solidarité financière conditionnelle, établir une procédure de sortie d’un pays de la zone euro et, parallèlement, créer une agence de notation européenne, taxer les transactions financières, réorienter les fonds structurels vers des investissements paneuropéens et réguler les marchés financiers.

Il s’agirait, là, de créer une économie européenne et une seule, d’aller autrement dit vers le fédéralisme mais un fédéralisme qui ne serait pas uniquement économique mais également politique car la CDU voudrait, aussi, spectaculairement accroître le rôle du Parlement européen en lui donnant le droit d’initier des lois et faire élire au suffrage universel le Président de la Commission qui deviendrait ainsi un véritable président de l’Union.

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Shimon Pérès

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