Ce n’est pas l’UMP, pas une cassure aussi profonde, mais tout de même… Quel spectacle que ce sommet européen ! On y parle sans succès, sans parvenir à s’entendre, d’un projet de budget pour les sept années à venir, de ce que l’Union doit investir en commun et dans quoi jusqu’en 2020. On y parle, autrement dit, de l’avenir d’une Europe déjà bien mal aimée de ses citoyens qui n’arrivent plus à comprendre ce qui s’y passe et ce n’est que cris d’avares égoïstes et grippe-sous.

« Mon rabais ! », hurlent les Britanniques qui veulent continuer à ne pas verser plus à l’Union, et moins encore si possible, qu’ils n’en reçoivent. « Ma politique agricole commune ! », martèlent les Français qui veulent défendre des subventions massives dont ils sont les premiers à bénéficier et qui ne sont plus toutes justifiées ou adaptées et loin de là. « « Mes fonds structurels ! », crient les nouveaux pays membres, Pologne en tête, car ils ont évidemment besoin de ces versements destinés à mettre tous les Etats de l’Union au même niveau d’infrastructures. Et puis il y a l’Allemagne, le surgé, le surveillant général, qui laisse tout le monde s’époumoner pour mieux finir par imposer au budget commun la même rigueur qu’elle impose, sans grand discernement, aux plus déséquilibrés des budgets nationaux.

Cette situation n’est en fait pas nouvelle. A chaque rendez-vous budgétaire, l’Europe donne le même spectacle. Il y eut même de bien pires moments quand Mme Thatcher répétait obstinément : « I want my monney back », « Je veux qu’on me rende mon argent », jusqu’à ce que François Mitterrand consente, de guerre lasse, à ce rabais qui s’est institutionnalisé. Comme toujours des compromis boiteux, d’obscurs et mauvais compromis, finiront par se dégager, sauf que là, la toile de fond n’est plus la même.

Il y a trente ans, l’Europe concevait le marché unique et commençait à envisager la monnaie unique. Malgré ses bisbilles, ses marathons, ses désaccords, elle avait alors de l’allant et personne n’en contestait ouvertement le bien-fondé tandis qu’aujourd’hui, ce n’est plus cela.

Le divorce s’accentue toujours plus entre l’Europe et les Européens. Le déséquilibre d’influence qui s’est instauré en faveur de l’Allemagne crée un malaise, voire une hargne dans des pays comme la Grèce. Le projet européen passe pour responsable des politiques d’austérité alors que la faute en revient à l’endettement excessif et intenable de presque chacun des pays de l’Union.

Inimaginables il y a encore deux ans de vrais progrès sont tout de même enregistrés car nécessité fait loi mais, en trois mots, tout va mal parce que les difficultés s’accumulent sur tous les pays européens – Allemagne comprise –, que la tentation du sauve-qui-peut grandit et que les Européens ne voient plus où veut et peut aller l’Europe. C’est un moment profondément dangereux. Il exigerait plus que jamais que les hommes d’Etat disent clairement ce que sont leurs ambitions pour l’Europe de demain, qu’ils fassent des propositions et sachent faire comprendre la dynamique qu’ils en attendent mais…

Non, rien. Silence radio, à Paris comme à Berlin, comme partout, et c’est cette absence de projet à long terme qui rend si pénible et glaçant un tel sommet.

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