A l’étranger, le triomphe de François Fillon a partout pris de court mais en Russie, c’est différent...

A Moscou, c’est avec un ravissement totalement enthousiaste que les milieux dirigeants et la presse ont accueilli le score de cet « ami de la Russie », de ce « candidat prorusse », de « l’ami François » aux primaires de la droite et du centre.

Un magazine allait ainsi jusqu’à inscrire sa percée dans « l’émergence » d’une nouvelle génération de dirigeants occidentaux « bienveillants » à l’égard de Moscou et susceptible de « créer une brèche dans la position commune de l’Occident ». Spécialiste des affaires françaises dans l’équipe Poutine, le sénateur Pouchkov allait même jusqu’à envisager, sans s’en plaindre, on s’en doute, qu’une arrivée de François Fillon à l’Elysée « brise le tandem de Paris et Berlin sur la Russie », un tandem qui défend aujourd’hui le maintien des sanctions économiques prises contre Moscou après l’annexion de la Crimée.

Cet enthousiasme des dirigeants russes n’est pas infondé, et pas seulement parce que François Fillon s’oppose à ces sanctions.

Noués à l’époque où ils étaient tous deux Premiers ministres, des liens étroits, confiants, presque amicaux, unissent Vladimir Poutine et François Fillon. « Cher Vladimir », avait un jour publiquement lancé François Fillon et, sans que cela signifie qu’ils soient d’accord sur tout, ces deux hommes s’estiment car ils se retrouvent dans leur conservatisme, leur hostilité ou leur très grande réserve à l’égard de l’évolution des moeurs en Occident, la place qu’ils accordent à la religion, orthodoxe ou catholique, et dans leur commune vision, surtout, de la crise syrienne.

Avec des nuances, non négligeables mais nullement primordiales, tous deux estiment qu’il faut conforter Bachar al-Assad qu’ils perçoivent comme un rempart contre la menace islamiste et un protecteur des chrétiens d’Orient avec lesquels la Russie a toujours entretenu des relations privilégiés et dont François Fillon se sent profondément solidaire. C’est une vision plus que discutable puisque la sauvagerie du boucher de Damas prélude à un siècle de guerre et qu’un rétablissement de son pouvoir par des pays chrétiens créerait, pour le coup, une profonde fracture entre l’islam et l’Occident mais c’est leur point de vue et, de loin, le premier de leurs traits d’union.

Pour le Kremlin, une élection de François Fillon après celle de Donald Trump changerait ainsi la donne internationale en isolant l’Allemagne d’Angela Merkel et sortant la Russie de l’ostracisme dont les Occidentaux la frappent aujourd’hui, depuis ses interventions en Ukraine et en Syrie.

François Fillon et Donald Trump ne sont d'alleurs pas seuls à se trouver des convergences avec Vladimir Poutine.

C’est aussi le cas de l’ensemble des nouvelles extrêmes-droites européennes, de Viktor Orban en Hongrie ou de Recep Erdogan en Turquie, de toutes les droites dures ou extrêmes qui apprécient son nationalisme, ses muscles et son rejet de la tolérance qui était ou fut dominante en Occident depuis les années 60.

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