Les sociaux-démocrates courraient maintenant autant de risques à refuser de gouverner avec Mme Merkel qu'à le faire

Souhaitée par beaucoup et pas seulement à Berlin, il y a une solution à la crise politique allemande. Arithmétiquement solide, ce serait la reformation de la coalition sortante entre les démocrates-chrétiens et la social-démocratie. 

A elles deux, la gauche et la droite retrouveraient une solide majorité parlementaire. L’Allemagne sortirait aussitôt de son impasse et, France en tête, ses partenaires européens seraient soulagés de retrouver un gouvernement et une chancelière à même de prendre les décisions que demande la refondation de l’Union. 

Cette nouvelle grande coalition, une large partie de la presse y appelle en Allemagne. Mme Merkel ne fait pas mystère d’y aspirer. Le chef de l’Etat, le social-démocrate Frank-Walter Steinmeier, entend y travailler au nom des intérêts supérieurs du pays et les sociaux-démocrates sont ainsi confrontés à une formidable pression qui divise leurs dirigeants et leurs rangs. 

D’un côté, tout les conduit à maintenir leur refus de revenir aux affaires en alliés minoritaires de la droite. Ils sortent d’en prendre. Tenus à respecter le contrat de coalition passé avec Mme Merkel, ils ont été d’autant plus éclipsés par elle qu’elle s’est tranquillement attribué le mérite des mesures sociales que la coalition avait prises à la demande de la gauche. La chancelière avait, en un mot, placé sous anesthésie générale une gauche qui avait déjà perdu beaucoup de ses électeurs et de ses soutiens syndicaux après avoir libéralisé lemarché du travail au début des années 2000. 

Pour le chef de file des sociaux-démocrates, Martin Schultz, c’était donc « non » car l’ancien président du Parlement européen estimait que son parti avait vitalement besoin d’une cure d’opposition. C’était un point de vue largement partagé à gauche mais depuis que les négociations entre la droite, les Verts et le Libéraux ont échoué, depuis que l’Allemagne est sans majorité et n’en voit pas d’autre possible qu’une nouvelle coalition entre la droite et la gauche, la donne change ou pourrait bien changer. 

Les choses bougent en tout cas car, s’il serait effectivement risqué pour la gauche de redevenir le junior partner de la droite, un grand parti, l’un des deux plus grands du pays, ne peut évidemment pas ignorer l’intérêt national au nom de la défense de ses propres intérêts. Ce serait un aveu de faiblesse et d’irresponsabilité. Ce serait courir un autre risque au moins aussi grand et c’est pour cela que la direction social-démocrate est maintenant divisée et que Martin Schultz parait commencer à hésiter. Rien n’est encore joué mais, s’il décidait  finalement d’ouvrir des négociations avec une Angela Merkel en difficultés, le rapport de forces serait alors en sa faveur.   

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