Afin d’éviter les manipulations en ligne révélées par les enquêtes sur les élections américaines de 2016, Google s’engage à faire connaître les acheteurs de publicités politiques. Une mesure préventive avant que les États n’imposent leurs lois.

Logo de Google lors de l’expo Vivatech à Paris, en mai 2018
Logo de Google lors de l’expo Vivatech à Paris, en mai 2018 © AFP / ALAIN JOCARD / AFP

Le moteur de recherche américain Google a annoncé des mesures afin que les internautes puissent savoir qui paye les publicités à caractère politique qu’ils pourraient voir sur leur écran. 

C’est évidemment une conséquence directe des manipulations intervenues lors des élections américaines de 2016, lorsque des dizaines de millions d’électeurs ont reçu des publicités ciblées via internet, sans savoir qu’elles avaient été achetées par des intérêts liés à la Russie. C’est ce qu’ont révélé les auditions du Congrès ces derniers mois, faisant monter la pression sur les grandes plateformes numériques.

Les gouvernements, aux États-Unis ou en Europe, cherchent à éviter la répétition de tels événements dans les prochains scrutins. Mais Google a choisi d’agir unilatéralement plutôt que de se voir imposer des règles par les États ou par la Commission européenne avec laquelle elle est en conflit sur plusieurs dossiers. 

Google dit avoir mis en place des mécanismes pour que les électeurs qui recevraient des publicités ciblées sachent qui les a payées. La société s’engage même à vérifier qu’ils correspondent bien à ce qu’ils déclarent. 

Une base de données européennes sera constituée pour déterminer qui achète des publicités électorales, à qui elles sont destinées, et combien d’argent a été dépensé.

Google répond ainsi à l’un des objectifs de la loi dite Fake News, en France, dont certaines dispositions visent justement à établir la transparence sur les achats de contenus sponsorisés sur les plateformes en période électorale. D’autres États européens préparent des législations du même ordre.

Cette loi française, qui contient d’autres dispositions plus controversées, comme la saisine d’un juge pour définir si une information est vraie ou fausse, est en train d’achever son parcours parlementaire, et devrait entrer en vigueur avant les élections européennes de mai prochain.

Il y a quelques mois, un scandale éclatait autour de la société Cambridge Analytica, accusée d’avoir utilisé illégalement plusieurs millions de données personnelles d’utilisateurs de Facebook pour cibler les électeurs américains, britanniques ou même kenyans. Ce scandale avait révélé des méthodes très sophistiquées, à une échelle inégalée jusque-là.

Or, au Conseil d’administration de Cambridge Analytica, on trouvait un certain Steve Bannon, personnage sulfureux issu de l’extrême droite américaine, un temps Conseiller de Donald Trump. Steve Bannon est aujourd’hui installé en Europe, où il a créé un mouvement destiné à aider les partis populistes et d’extrême droite en vue des élections européennes. Il est particulièrement proche de l’italien Matteo Salvini ou du hongrois Viktor Orban. 

L’enjeu est donc d’assurer que la campagne des Européennes sera régulière. Google veut donner des gages de bonne conduite, mais la crédibilité des plateformes numériques est telle qu’il serait naïf de leur sous-traiter la régulation. Le premier pas de Google est donc positif, mais peut mieux faire.

L'équipe
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.