Les Américains avaient promis des concessions. Elles sont là. Ils en ont fait mais elles ne sont encore que de forme. Les Etats-Unis ont tenu compte du refus général auquel se heurtait leur volonté d’obtenir un blanc-seing des Nations-Unies, une résolution du Conseil de sécurité qui leur aurait permis d’être seuls juges de l’attitude de Saddam Hussein et de décider seuls d’une intervention contre lui. Leur nouveau projet de résolution, soumis hier aux cinq membres permanents du Conseil de sécurité, ne comporte donc plus de formulations rédhibitoires. Il n’autorise plus non plus les membres du Conseil de sécurité, les Etats-Unis en l’occurrence, à adjoindre des contingents de leurs forces armées aux missions d’inspection de l’Onu. Mieux encore, ce nouveau projet spécifie que toute entrave irakienne au travail d’inspection de l’Onu devrait être immédiatement rapporté au Conseil de sécurité qui devrait alors se réunir d’urgence. Le point est important. Cela exclue que les Etats-Unis puissent lancer leurs forces contre l’Irak sans que le Conseil de sécurité ne se soit réuni. Ce qui était le plus choquant a, en un mot, disparu. C’est un progrès, le fruit d’un rapport de forces, mais, sur le fond, les Etats-Unis ne cèdent rien. « L’Irak, dit leur nouveau texte, se trouve toujours en violation flagrante des résolutions relatives (à son désarmement) ». C’est vrai. C’est même l’évidence mais ce n’est pas pour rien que les Américains le rappellent. Ils le font et y tiennent car les juristes du Pentagone et de la Maison-Blanche estiment, depuis février dernier, que le cessez-le-feu de 1991 ayant été lié au désarmement de l’Irak, il n’y a pas de raison de le respecter si cette condition n’est pas remplie. Les Etats-Unis soutiennent donc qu’ils pourraient reprendre les hostilités sans qu’il s’agisse d’un nouveau conflit mais seulement de la suite de la Guerre du Golfe, autorisée à l’époque par l’Onu. Leur nouveau projet de résolution inclut donc les bases de cette argumentation juridique. Il leur permettrait de s’en prévaloir d’autant plus aisément qu’en cas d’entrave irakienne, le Conseil de sécurité devrait, d’après le texte américain, « étudier la situation » mais pas adopter une nouvelle résolution dont les termes seraient alors à négocier. Le piège est tellement évident, l’ambiguïté si dangereuse et voulue, que tandis que la Russie faisait, hier, part de sa « profonde déception », le ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin estimait, lui, qu’il y avait « encore beaucoup de travail à faire ». Les cinq membres permanents du Conseil de sécurité, ceux qui ont le droit de veto, auront aujourd’hui de nouvelles discussions. Elles seront serrées. Elles seront incertaines car à Washington la bataille fait rage entre Américains - entre le Département d’Etat qui plaide la souplesse et le Département de la Défense qui ne souhaite qu’une chose : ne rien négocier du tout avec l’Onu.

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