Il y a cinquante ans aujourd’hui, le communisme amorçait sa chute. On ne le sait plus, on l’a largement oublié en tout cas, mais pourtant, oui, c’est le 23 octobre 1956 que le système soviétique a connu son premier échec, une blessure dont il ne se remettra jamais, lorsque cent mille Hongrois descendent dans les rues de Budapest, leur capitale, pour demander l’indépendance nationale et le retrait des troupes russes. Leur manifestation n’est pas née de rien. Le 14 février, huit mois plus tôt, Nikita Khrouchtchev avait dénoncé, dans un rapport qui n’était pas longtemps resté secret, les crimes de Staline, mort en mars 1953. Depuis cette reconnaissance officielle, par le nouveau Numéro 1 soviétique, de la terreur de masse, des assassinats, des procès truqués, des aveux extorqués sous la contrainte physique et psychologique, tout le bloc soviétique, URSS comprise, frémit d’espoir et attend que des conséquences soient tirées de ce rapport. Dès le mois de mars, le parti hongrois a été obligé de réhabiliter Laszlo Rajk, un ancien ministre pendu en 1949. En juin, des émeutes ouvrières, sauvagement réprimées, ont éclatées à Poznan, en Pologne. En juillet, le secrétaire général du parti hongrois, Mathias Rakosi, l’orchestrateur du procès de Rajk, a du démissionner et le 21 octobre, l’avant-veille de cette manifestation, un communiste réformateur, Wladyslaw Gomulka, avait été rappelé au pouvoir à Varsovie car toute la Pologne était en effervescence. Les manifestants de Budapest veulent donc à la fois crier leur solidarité aux Polonais et obtenir, eux aussi, le rappel d’un réformateur, Imre Nagy, écarté en 1955. Une révolution vient de commencer. Le 24, Imre Nagy est nommé Premier ministre. Le 27, des Conseils ouvriers se créent dans tout le pays. Le 30, les troupes soviétiques évacuent Budapest. Le 1er novembre, Imre Nagy annonce la sortie de la Hongrie du Pacte de Varsovie mais, trois jours plus tard, l’Armée rouge encercle Budapest, y entre, écrase cette révolution dans le sang et arrête Imre Nagy qui sera pendu deux ans plus tard. Près de trois mille morts, 200 000 réfugiés, la nuit tombe sur la Hongrie mais les communistes occidentaux perdent beaucoup de leur prestige et de leurs membres. La Pologne entre, elle, dans un semblant de pluralisme qui nourrira ses futures révoltes et débouchera sur Solidarité. Le parti soviétique, tétanisé par cette tourmente, entame le surplace qui lui sera fatal et la Hongrie, petit à petit, se lance dans des réformes économiques qui finiront par faire d’elle, comme on dit dans les années 70, « la baraque la plus gaie du camp ». Tandis que l’URSS se sclérose, l’Europe centrale se diversifie, sort lentement du totalitarisme, et quand Mikhaïl Gorbatchev qui, lui aussi avait tant espéré du rapport Khrouchtchev, tentera de sauver la Russie de la faillite communiste, c’était trop tard. Ce sera la chute finale, annoncée par l’insurrection de Budapest, par les dix jours qui ébranlèrent le communisme.

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