Javier Solana, le chef de la diplomatie européenne, reprend aujourd’hui, à Rome, ses discussions avec les Iraniens sur leur programme nucléaire. Ininterrompues depuis juin 2006, elles n’ont jamais débouché sur rien. Ce nouveau rendez-vous ne devrait pas, non plus, marquer de tournant mais il a pris une importance depuis que le négociateur iranien, Ali Larijani, a démissionné, ou été démissionné, samedi. Aussitôt nommé, son successeur, Saïd Jalili est un proche du Président de la République, Mahmoud Ahmadinejad, l’homme qui veut rayer Israël de la carte. Affable mais batailleur et jamais à court d’arguments, Saïd Jalili est l’œil du Président aux Affaires étrangères dont il est vice-ministre. Sa nomination ne paraît, donc, pas de bon augure mais, au-delà des apparences, en quoi l’Iran pourrait-il se montrer maintenant plus intraitable qu’il ne l’a été jusqu’à présent ? Qu’est-ce que Saïd Jalili pourrait de dire de pire que son prédécesseur qui martelait déjà que, non, l’Iran ne veut pas de la bombe mais que, oui, il continuera de procéder, contre vents et marée, à ses opération d’enrichissement d’uranium, celles-là même qui lui permettraient de devenir une puissance nucléaire non pas sous six mois mais dans une poignée d’années ? On ne voit pas où pourrait être le durcissement mais il est clair que ce changement d’hommes marque une nouvelle étape de la bataille de clans en cours à Téhéran. Loin d’être monolithique, ce pouvoir est en effet divisé en trois grands courants. Les conservateurs ne veulent rien changer à l’essence théocratique de ce pouvoir mais sont prêts à des assouplissements cosmétiques à l’intérieur et aspirent, à l’extérieur, à un grand compromis avec les Etats-Unis qui ferait de l’Iran la première puissance régionale et garantirait la pérennité du régime. Les réformateurs prônent, eux, une évolution autrement plus profonde qui conduirait à une séparation progressive de l’Eglise et de l’Etat avant que la jeunesse iranienne n’entre en révolte. Les messianiques, enfin, conduits par Mahmoud Ahmadinejad, rêvent de faire du chiisme et de l’Iran le fer de lance d’une révolution islamique dans tout le Proche-Orient qui mettrait à bas les régimes sunnites et donnerait à leur pays la haute main sur toute la région. Face aux messianiques, conservateurs et réformateurs se sont alliés. Ensemble, ils viennent, en septembre, de marquer des points considérables dans les plus hautes instances du clergé alors même que Mahmoud Ahmadinejad a essuyé une cuisante défaite aux élections municipales et régionales de décembre dernier. Dans ce contexte toute la question est de savoir si Ali Larijani, un conservateur qui s’était opposé à Mahmoud Ahmadinejad lors de la présidentielle de 2005, n’a pas en réalité choisi de démissionner dans la perspective des législatives de mars 2008 et de la présidentielle de 2009. Le voilà libre de ses mouvements, jeune, brillant, disposant de beaucoup d’appuis, prêt à rejouer la bataille perdue d’il y a trois ans. A Téhéran, rien n’est simple.

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