On le disait hier. Rien qu’à entendre le discours prononcé, mardi, par Nicolas Sarkozy devant le Parlement de Strasbourg, il était évident qu’il n’entendait pas cesser de jouer les premiers rôles dans l’Union en décembre, à la fin de la présidence française du Conseil européen. Ce qui n’était pas encore clair, c’est comment il comptait rester sur le devant de la scène mais, sous couvert d’anonymat, des conseillers de l’Elysée ont vendu la mèche au Monde. Le chef de l’Etat souhaite à la fois que soit pérennisé le précédent qu’il a créé en réunissant – c’était une première – les pays de l’euro au niveau des chefs d’Etat et de gouvernement, que ces réunions deviennent régulières et que la présidence de cette eurozone, de ce « groupe pionnier » comme on dit dans la langage européen, lui soit confiée à lui, Nicolas Sarkozy, jusqu’en décembre 2010. Ses arguments sont solides. Ils sont même difficilement contestables puisque les deux prochaines présidences semestrielles du Conseil vont revenir à la République tchèque puis à la Suède, deux pays qui n’ont pas encore adopté la monnaie unique, alors même que la crise financière et la crise économique qui s’ensuit exigent un pilotage permanent, politique et coordonné, de la zone euro. On peut d’autant moins en revenir au train-train habituel, à des réunions des seuls ministres des finances de l’eurozone, que les sommets sur la réforme des systèmes monétaires et financiers internationaux vont bel et bien commencer le 15 novembre, que les pays européens qui y participeront se devront d’y parler au nom des 27 et que ce vaste chantier demande, donc, un suivi qui, lui-même, exige une structuration politique de l’eurogroupe. Sur le fond, la position de Nicolas Sarkozy n’est que logique mais la politique est l’art de l’exécution. Un viol, ça va. Deux, c’est beaucoup. La France bouscule, déjà, beaucoup de ses partenaires européens en arguant de la crise pour institutionnaliser un pilotage politique de la zone euro. Beaucoup l’avaient toujours refusé, et continuent d’y être réticents, car ils craignent, non sans raisons, que les Français ne poussent par là leur vieille idée d’un gouvernement économique de l’Union auquel ils sont hostiles, soit qu’ils refusent cette évolution fédéraliste, soit qu’ils se méfient, par libéralisme, du colbertisme français, soit encore pour ces deux raisons additionnées. Sans doute seraient-ils prêts à s’y résigner maintenant, nécessité oblige, mais leur dire en plus, à l’avance, et par l’intermédiaire d’un quotidien, que la France s’adjuge la présidence de cet eurogroupe nouvelle manière, c’est vouloir leur faire avaler la pilule d’un coup de poing en guise de verre d’eau. L’Elysée vient de mettre la barre très haut. Peut-être était-ce exiger trop pour obtenir l’essentiel. C’est, en tout cas, le style Sarkozy (« J’ai raison, j’y vais ») mais il est bien inutilement risqué alors que des étapes, et la manière, auraient probablement permis, d’emporter le morceau, sans bleus inutiles.

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