Chacun eut ses bons moments. Mitt Romney a sans doute marqué un point dans les déclarations finales en affirmant d’emblée, avec la tranquillité d’un président en exercice, son « optimisme » pour l’avenir de l’Amérique, « l’espoir du monde », a-t-il dit, alors que Barack Obama était encore dans la bataille des candidats, paradoxalement moins présidentiel que son adversaire lorsqu’il a lui a reproché, non sans raisons pourtant, de vouloir en revenir aux politiques de George Bush et de son vice-président Dick Cheney.

A l’inverse, Barack Obama fut excellent, mettant les rieurs de son côté, quand il a rétorqué que les armées américaines avaient aussi « moins de chevaux et de baïonnettes » à Mitt Romney qui lui avait reproché la baisse du nombre de bâtiments dont dispose la marine. Un point ici, un point là, mais sur le fond ?

Sur le fond, pas grand-chose.

D’un côté, Barack Obama a aisément su rappeler et surligner les va-et-vient d’un candidat républicain qui a tout dit et son contraire sur les grands dossiers de politique internationale. De l’autre, Mitt Romney avait pour lui la force du constat lorsqu’il décrivait le chaos d’un monde où tout est incertain et l’Amérique pas au sommet de sa force et de son influence internationale.

C’était le flou des solutions contre l’écrasante liste de ce qui reste à résoudre. Chacun des deux exprimait là une vérité aussi indiscutable que partielle mais le plus frappant dans ce débat était de voir à quel point ces deux hommes que tout oppose différaient finalement peu dans le domaine diplomatique. Sur aucun dossier, pas même l’Iran, l’un ne disait blanc quand l’autre disait noir. Il y avait, oui, un camaïeu de gris, un peu plus de cela, un peu moins de ceci, mais si peu de complètes divergences que Barack Obama a fort bien résumé la situation en lançant à Mitt Romney : « Franchement, gouverneur, on a parfois l’impression que vous pensez que vous feriez les mêmes choses que nous mais que, comme vous les diriez plus fort, cela ferait une différence ».

Cela n’en ferait bien sûr pas et pas seulement parce qu’il y a toujours – on le voit bien en France aujourd’hui – une continuité diplomatique dans tout pays sauf lorsqu’il est brutalement confronté à un changement de donne radical. L’autre raison, bien plus fondamentale encore, pour laquelle Mitt Romney, prudent et pas très à l’aise, n’a pas proposé hier de politique étrangère vraiment différente de celle de Barack Obama est que l’Amérique ne peut aujourd’hui qu’avancer à tâtons sur une scène internationale en plein bouleversement.

Elle ne pouvait que soutenir – Mitt Romney en était d’accord – l’élan démocratique qui a tant ébranlé les vieilles dictatures arabes mais aujourd’hui ? Il faut aujourd’hui s’adapter à des évolutions de longue durée que personne ne peut totalement maîtriser et il en va de même vis-à-vis de l’ascension chinoise dont le devenir dépend infiniment plus de facteurs internes que de pressions externes. Ce qui sera vraiment déterminant pour la place de l’Amérique dans ce siècle sera, comme pour l’Europe dont il ne fut pas question, sa capacité à se réindustrialiser et à redresser son économie et ce n’est donc pas à tort que l’économie a tenu tant de place dans ce débat de politique étrangère.

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