Un échec est tout, sauf exclu. En principe, une nouvelle conférence de paix sur la Syrie devrait se réunir dans un mois mais, outre que cette date n’est encore qu’officieuse, rien ne garantit que « Genève 2 » puisse vraiment s’ouvrir et, moins encore, déboucher sur la fin d’une guerre qui a déjà fait plus de cent mille morts et plusieurs millions de réfugiés et déplacés.

Première difficulté, Bachar al-Assad se montre plus intransigeant que jamais car, en renonçant aux frappes militaires qui auraient dû sanctionner le massacre chimique du 21 août, les Etats-Unis l’ont convaincu qu’il ne risquait décidément rien à continuer à décimer son peuple. Le boucher de Damas se conforme à la résolution imposant le démantèlement de son arsenal chimique. Il ouvre ses arsenaux aux inspecteurs internationaux, les cajole et obtempère à leurs demandes mais, pendant le désarmement, les massacres continuent.

Bachar al-Assad a bel et bien cédé sur le chimique car il ne pouvait plus faire autrement mais il est ainsi redevenu le chef d’Etat en place avec lequel l’Onu doit traiter pour appliquer la résolution du Conseil de sécurité. Affable et souriant, il multiplie les interviews et vient d’utiliser la dernière en date pour dire que les « conditions n’étaient pas encore réunies » pour garantir le succès de Genève, qu’il fallait encore voir quelles forces de l’insurrection y prendraient part et si elles représenteraient « le peuple syrien ou les Etats qui les ont inventées ». Mieux encore, il s’est même dit prêt à se représenter en 2014, autrement dit pas prêt du tout à un retrait anticipé.

Or ce retrait est précisément la condition sine qua non que l’opposition pose à sa participation à la conférence de paix. S’il n’est pas clair que Genève 2 doit déboucher sur une démission de Bachar al-Assad et la transmission de tous ses pouvoirs à un gouvernement de transition chargé d’organiser de nouvelles élections, l’opposition ne s’y rendra pas car il ne s’agirait alors plus d’organiser une transition démocratique mais, au mieux, un simple cessez-le-feu garantissant la survie du régime.

Les Etats-Unis, la Turquie, les pays arabes et les Européens soutiennent là l’opposition. Ils l’ont réaffirmé, hier, à Londres en déclarant que, sitôt mis en place un gouvernement de transition, « Bachar al-Assad et ses proches associées ayant du sang sur les mains n’auraient aucun rôle à jouer en Syrie ». Il y a une position commune de l’opposition et de ces pays dits « amis de la Syrie » mais la grande question est de savoir si la Russie est sur la même ligne.

Elle devrait théoriquement l’être puisqu’elle s’y était ralliée lors de Genève 1, la première conférence de paix qui avait marqué la première convergence des grandes puissances sur la Syrie. Son intérêt serait d’exiger le retrait de Bachar al-Assad puisqu’elle deviendrait ainsi l’artisan de la paix et retrouverait là son statut de puissance incontournable mais rien n’est dit, rien n’est joué. On ne sait pas et l’on ignore tout autant si l’Iran, l’autre grand soutien du régime syrien, voudra ou non soutenir l’objectif d’une transition sans Assad pour pouvoir accélérer son rapprochement avec les Occidentaux en se faisant inviter à Genève. Les tractations se poursuivent, les massacres aussi.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.